mars 2004

Globine et Poïétine sur la piste de la moelle rouge - 1ère éd.

par Sylvie Déthiollaz et Vivienne Baillie Gerritsen

Conte scientifique
Un merveilleux voyage qui vous conduira jusqu'au tréfonds du corps humain

« Globine et Poïétine doivent sauver la vie de la petite Lili. Mais le temps passe et la moelle rouge reste introuvable... Ce fabuleux voyage, parsemé de mille et une péripéties, t'entraînera jusqu'au tréfonds du corps humain. »

[ Globine et Poïétine ]

Texte et Illustrations: Sylvie Déthiollaz et Vivienne Baillie Gerritsen du groupe Swiss-Prot de l'Institut Suisse de Bioinformatique.

Première édition, 2003

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Le conte a été traduit en anglais sous le titre de "Journey in a tiny world" par Vivienne Baillie Gerritsen du groupe Swiss-Prot de l'Institut Suisse de Bioinformatique.
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Lili va avoir dix ans. Mais cette année, la perspective de fêter son anniversaire ne la réjouit pas, car elle ne va pas bien, pas bien du tout. Assise sur un petit muret, elle regarde ses amis jouer dans le préau de l’école. « Si ça continue comme ça » soupire-t-elle, « Nicolas va réussir à battre mon record de vitesse en roller et les prouesses de Magalie à la barre fixe surpasseront bientôt les miennes. » En effet, voilà plusieurs semaines que Lili se sent très fatiguée. Mais depuis quelques jours c’est encore pire, elle a vraiment perdu toute énergie et même sa bonne humeur s’est envolée. Lorsqu’elle se lève de son lit ou de sa chaise, la tête lui tourne et à chaque effort, son cœur s’emballe, se mettant à battre la chamade.

« Viens jouer Lili ! » lui lancent ses copains. Mais Lili ne peut pas. Ses jambes semblent faites de gomme. Elle a l’impression que son corps la trahit, qu’il pèse aussi lourd que…..tiens, que le Mont Blanc….qu’elle arrive tout juste à apercevoir entre les toits.

Non seulement tous ses sports préférés lui échappent, mais ce n’est guère plus brillant du côté de ses résultats scolaires. Ses notes - jamais très bonnes il est vrai - sont en chute libre. Lili n’arrive plus à se concentrer. Un vrai cauchemar !

Ce jour-là, lorsqu’elle rentre chez elle, Lili s’écroule sur une chaise et se met à pleurer. « Je suis si fatiguée que je n’ai plus goût à rien », se plaint-elle.

La maman de Lili regarde sa fille. Ses joues sont toutes blanches, même ses taches de rousseur ont disparu. Et voilà qu’elle commence en plus à perdre l’appétit.

« Nous irons voir le médecin cet après-midi » lui dit-elle. « Tu commences à m’inquiéter, ça dure depuis trop longtemps maintenant. »


Dans la salle d’attente, Lili est amorphe. Ses couettes d’habitude si enjouées, semblent traîner par terre comme des limaces. Son attitude fait rire un petit garçon qui la taquine en l’imitant. Sa maman fronce les sourcils et lui glisse quelques mots sévères à l’oreille. Le garçon se remet à jouer avec sa petite voiture rouge, la mine un peu déconfite, en lançant de temps à autre des regards interrogateurs vers Lili. En temps normal, Lili lui aurait fait une horrible grimace, tout en lui lançant un regard noir. Mais là, sa riposte se résume à un petit mouvement du nez.

« Lili ? » Ca y est. C’est son tour. Lili se hisse sur ses jambes molles et se traîne dans la salle de consultation. « Alors ça ne va pas Lili ? » lui demande le Docteur Bistorino en observant son extrême pâleur. « Pendant que je t’ausculte, tu vas me raconter ce qui t’arrive. » En temps normal, il aurait été difficile d’arrêter le flot de paroles de Lili, mais là c’est à peine si quelques mots s’échappent de sa bouche. Le médecin a l’air soucieux. « Nous allons devoir faire une prise de sang pour des analyses » dit-il en s’adressant par-dessus ses lunettes à la maman de Lili. « Vous reviendrez demain pour les résultats. » A ces mots, Lili devient encore plus pâle, imaginant la grosse aiguille s’enfoncer dans son bras. Mais le médecin, devinant son angoisse, la rassure : « Tu verras, tu ne sentiras rien, mon assistante est une vraie magicienne. »

Le lendemain, les résultats sont là : « Lili fait de l’anémie, parce que ses reins ne fonctionnent pas correctement » explique le médecin. « Cela veut dire que tu n’as pas assez de globules rouges dans ton sang. » « Des globules rouges, c’est quoi ça ? » lui demande Lili, ayant soudainement retrouvé un peu de sa curiosité habituelle.

« Tu vois, Lili, normalement ton sang est rempli de globules rouges. Quand tu respires, ces globules rouges attrapent les molécules d’oxygène dans tes poumons et utilisent ensuite le sang comme une autoroute pour le distribuer partout dans ton corps, à tes muscles, ton cerveau, ton cœur, ton foie, tes reins. En fait, à tous tes organes. »

« Mais à quoi ça sert tout cet oxygène ? » demande Lili.

« Et bien, ton corps marche un peu comme une voiture. Pour faire tourner les moteurs de ses différents organes, il lui faut deux choses : de l’essence, c’est la nourriture que tu avales, et de l’huile et ça c’est l’oxygène que tu respires. S’il n’y a pas assez de globules rouges, il n’y a pas assez d’oxygène et tout le corps fonctionne mal. C’est pour ça que tu te sens si faible. »

« Alors vous êtes mon mécanicien ! » Rassurée par les paroles du médecin, Lili retrouvait un peu de son insolence.

« Oui, en quelque sorte », sourit le médecin. « On va commencer par soigner ton anémie. Pour tes reins, on en reparlera plus tard. Tu devras rester au lit quelques temps. Je viendrai t’injecter plusieurs fois par semaine un médicament qui s’appelle de l’E-ry-thro-poïé-tine. C’est une protéine. Normalement, elle est fabriquée par les reins, mais chez toi ils n’en produisent pas assez. L’érythropoïétine va aider ton corps à fabriquer plus de globules rouges et bientôt tu battras ton propre record de vitesse en roller !! »


Voilà deux jours que Lili est au fond de son lit. Elle ne se sent toujours pas mieux et rien ne parvient à lui arracher un sourire, ni ses amis, ni leurs cadeaux, ni même les ronronnements de Merlin son gros matou qui ne quitte plus son lit. Elle entre et sort d’un sommeil qui n’en finit pas, peuplé de rêves où se mélangent son désir de guérir et les explications données par le Docteur Bistorino…

Lili voudrait guérir vite ! Battre Susie à l’élastique, attacher Léon au poteau du panier de basket et rigoler avec ses copines. Mais au lieu de cela, elle est au fond de son lit ! Elle regarde fixement sa table de chevet sur laquelle se trouve le médicament qui attend les visites du docteur. « On ne peut pas prendre ce médicament par la bouche, » lui a-t-il dit. « Comme c’est une protéine, elle serait ‘digérée’ dans l’estomac comme un aliment normal et ne servirait plus à rien. » Mais Lili a tellement envie de guérir qu’une idée saugrenue lui vient. Si elle avalait quand même son médicament, peut-être bien qu’elle guérirait tout de même un petit peu plus vite ?

Tout est calme dans la maison. Brusquement, Lili se redresse dans son lit, attrape le médicament et l’avale d’un coup…


La chute de Poïétine lui sembla interminable. La voilà qui glissait le long d’un tube gluant, un peu mou, où il faisait noir comme au fond d’un puits. Les parois de ce drôle de toboggan bougeaient, se contractaient, cherchant à la propulser toujours plus loin. Au bout d’un moment, le tube s’élargit et Poïétine atterrit lourdement sur une sorte de replat. Un peu sonnée, elle resta sans bouger quelques secondes et observa les lieux. On aurait dit une sorte d’immense caverne très humide. Il y faisait chaud et … beurk …ça ne sentait pas très bon. « Mais où ai-je atterri ? » pensa Poïétine « Ce n’est pas du tout comme on me l’avait décrit. Alors quoi, non seulement le confort est zéro, mais en plus l’arrêt n’est manifestement pas le bon ! Bon, ben, ‘suis pas là pour rêvasser moi. J’ai du boulot. » Poïétine se releva alors péniblement, en frottant ses bosses. Mais soudain, le sol glissant se déroba sous elle et en deux temps trois mouvements la voilà à nouveau par terre. « C’est une vraie patinoire ici ! » s’exclama-t-elle furieuse.

« Qui va là ? » retentit une grosse voix tonitruante. « Qui va là ? Qui va là ? » répondit l’écho. Puis le silence. Poïétine, surprise, n’osa bien sûr ni répondre, ni bouger et resta figée, retenant son souffle.

Soudain, elle entendit un son régulier : « Tchac … tchac … tchac … » Poïetine s’avança prudemment en direction du bruit qui résonnait de plus en plus fort. Et là, au détour d’une bosse, apparut de dos un imposant personnage. « Tiens, voilà quelqu’un qui pourra certainement me renseigner » pensa-t-elle en s’avançant d’un pas enjoué. Mais au fur et à mesure, la voilà qui ralentit, comprenant horrifiée la scène qui se déroulait devant elle. Une grosse protéine, toute en sueur, s’affairait à ce qui ressemblait fort à une table de boucher. Sur celle-ci, Poïetine reconnut Albumine, la protéine qui forme le blanc de l’œuf. En effet, Lili avait mangé un œuf à la coque au petit déjeuner. La protéine « boucher » tenait dans sa main un hachoir qu’elle laissait tomber régulièrement sur la table, tranchant en menus morceaux la pauvre protéine.

Maîtrisant à grand-peine sa peur, Poïétine prit une voix aussi douce et agréable que possible pour formuler un tout petit « Bonjour…» En guise de réponse, seul un grognement émana de la bouche du boucher qui n’interrompit pas pour autant sa macabre activité: « Mmhrrr… » Prenant ceci pour une invitation à poursuivre, Poïetine se racla la gorge :

« S’il vous plaît pourriez-vous me dire où nous sommes ? » « Mmhrrr… » répondit à nouveau le boucher à la mine patibulaire.

S’ensuivit un long silence : Poïétine restant plantée là, ne sachant trop si elle ferait mieux de déguerpir; le boucher continuant son hachage méthodique. Finalement, Poïétine décida d’insister une dernière fois :

« Hum. Je suis en mission commandée savez-vous … un peu comme … James Bond, vous connaissez ? » dit-elle pour détendre l’atmosphère.

A ces mots, le boucher stoppa net son travail et se tourna vers Poïétine, son hachoir toujours à la main. Celle-ci réalisa alors qu’il n’y avait qu’elle, le boucher et la pauvre protéine dépecée sur la table. Elle sentit une angoisse terrible la submerger et commença à reculer, soudain consciente du danger qui planait sur elle.

« Cher Monsieur, je vois que vous avez énormément de travail, je vais donc vous lais….. » A cet instant, le boucher brandit très haut son hachoir prêt à le laisser tomber sur Poïétine. Celle-ci se mit alors à courir dans tous les sens sans savoir où fuir, car cet affreux boucher bloquait la seule issue et remonter dans le toboggan lui paraissait clairement impossible. « Me cacher, je dois me cacher à tout prix » pensa-t-elle. ‘Vlan’ le premier coup de hachoir tomba à quelques millimètres de Poïétine. « Visiblement, ses intentions n’ont rien d’amical » pensa-t-elle. A peine cette réflexion faite que le deuxième coup de hachoir s’abattit, puis le troisième et le quatrième. A chaque fois Poïétine arriva à les éviter de justesse mais elle sentait bien que l’étau se resserrait et qu’elle ne pourrait bientôt plus lui échapper. Le hachoir se souleva une nouvelle fois. Poïétine – acculée dans un coin - ne pouvait plus esquiver le coup fatal. Sa fin était proche, elle ferma les yeux, attendant le coup de grâce… Mais soudain, quelque chose l’agrippa et la souleva au moment même où la lame allait s’abattre sur elle. Poïétine ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle traversa quelque chose d’indéfinissable et se retrouva dans une sorte de tunnel assez étroit en face d’un grand sourire : « Salut, moi c’est Globine. »


Devant elle se tenait une protéine aux formes très arrondies: « Et bien on peut dire que tu es arrivée au bon moment ! Merci, je te dois une fière chandelle. Sans toi, à l’heure qu’il est, je serais réduite en bouillie … Mais qui était ce fou furieux ? » s’enquit Poïétine tout en se débarrassant de quelques résidus gluants.

«C’était Pepsine, une protéine qu’on appelle aussi une "enzyme de digestion" » répondit Globine. « Son rôle est de découper en petits morceaux tous les aliments qui arrivent dans l’estomac afin qu’ils puissent être réutilisés pour construire les différentes parties du corps, par exemple quand celui-ci grandit ou simplement pour son entretien de tous les jours. Tu as vraiment eu de la chance que je passe par-là. Mais toi, qui es-tu ? »

« Je suis l’agent Poïétine. On m’a envoyée ici en mission spéciale. Je dois aller dans la moelle osseuse pour l’aider à produire plus de globules rouges car cette petite fille, paraît-il, n’en a pas assez. »

« Et bien c’est pas trop tôt ! s’exclama Globine. « En effet, ça j’avais remarqué qu’il n’y a pas assez de globules rouges. J’ai trois fois plus de boulot qu’avant !! »

« Ah bon, mais pourquoi cela ? » demanda Poïétine.

« Tu ne me reconnais donc pas ? » répondit Globine un peu vexée. « Je suis une protéine qu’on appelle l’Hémoglobine. Normalement, je me trouve à l’intérieur des globules rouges et c’est moi qui attrape l’oxygène dans les poumons et le distribue partout dans le corps » ajouta-t-elle, fière comme un paon. « Regarde, je le porte sur mon dos. Mais t’es pas sortie de l’auberge, ma pauvre, parce que la moelle osseuse ce n’est pas du tout par ici. Il va falloir faire un long voyage. Oups, mais je parle, je parle, j’ai pas que ça à faire moi, faut que j’te laisse. Bon et bien bonne chance Poïétine ! »

« Eh mais attends, tu ne peux pas me laisser comme ça. Tu dois m’aider à trouver la moelle osseuse !! » s’écria Poïétine.

« Désolée ma p’tite dame, mais faudra que tu te débrouilles toute seule, mon devoir m’appelle. » Globine avait pris un air important.

« Mais réfléchis deux minutes, ton devoir est de fournir de l’oxygène, mais si tu m’aides à trouver la moelle osseuse, il y aura bientôt plus de globules rouges et donc beaucoup d’oxygène et tu seras un héros » renchérit malicieusement Poïétine.

« Mhmm, ma fois, c’est pas bête … Et tout le monde parlera de moi …je serai invitée partout … » répondit Globine songeuse. « Cette idée me plaît bien … » Elle réfléchit encore quelques secondes et finalement :

« Top là, c’est parti ! En route pour la moelle mon amie !!! »

Et voilà Globine qui s’élance dans le vaisseau sanguin entraînant à sa suite Poïétine par la main.


« C’est quoi ce bruit que l’on entend au loin Globine ? Il me donne la chair de poule » demanda Poïétine.

« Oh ça, c’est le cœur. Il marche comme une pompe et propulse le sang dans les artères et tous les vaisseaux sanguins. C’est grâce à lui qu’il y a ce courant qui nous permet d’avancer sans effort. »

« Mais es-tu certaine de connaître le chemin pour aller dans la moelle osseuse, Globine ? » demanda soudain Poïétine qui n’aimait pas beaucoup cette précipitation.

« Heu, à vrai dire, pas tout à fait » répondit Globine.

« Pas tout à fait ou pas du tout ? » s’enquit Poïétine qui commençait à se méfier de son air un peu trop sûre d’elle .

« Eh bien, je suis déjà passée tout près de la moelle épinière, mais j’crois pas que ce soit la même chose. Tu sais, je suis encore jeune et je n’ai pas tout vu », dit-elle un peu gênée comme pour s’excuser. « Mais t’inquiète pas, on va aller voir ma copine Insuline du pancréas. C’est aussi une grande voyageuse, je suis sûre qu’elle saura. »

Au moment même où Globine et Poïétine arrivaient à la hauteur d’un organe en forme de virgule, une protéine sauta à pieds joints dans le sang, les éclaboussant copieusement.

« Eh ben bravo Insuline, félicitations, nous voilà dans un bel état maintenant. Tu parles d’un accueil ! » rouspéta Globine.

« Oh salut Globine, je ne vous avais pas vues » répondit Insuline faisant preuve d’une totale mauvaise foi. Elle étouffait un petit rire, pas mécontente de sa farce.

« Mouais, bon, ça ira pour cette fois » ajouta Globine en s’essuyant.

« Oh ! Il faut bien que je m’amuse un peu, c’est pas drôle en ce moment tu sais. On manque d’oxygène ici. Regarde mon usine, elle tourne de plus en plus mal. Je suis vraiment inquiète. Alors je me distrais comme je peux. »

« Et bien justement, nous sommes là pour ça. Tiens, prends déjà cette bulle d’oxygène. Je peux pas t’en donner plus car il faut que je répartisse au mieux ma cargaison » rétorqua Globine en détachant une bulle d’oxygène de son dos.

Puis elle ajouta fièrement :

« Et regarde qui je t’amène : Poïétine, qui a justement été envoyée pour résoudre notre grave problème. Mais elle doit se rendre dans la moelle osseuse. Je lui ai tout de suite proposé de l’emmener, tu penses bien, mais je voulais que tu me confirmes la direction » mentit effrontément Globine.

« Quel culot » pensa Poïétine « Elle ne manque pas d’air ! »

« Aaah, mais que feriez-vous sans moi » lâcha Insuline. Cette remarque finit d’irriter Poïetine qui tourna sur ses talons en prenant Globine par le bras. « Allez, on demandera à quelqu’un d’autre. Non, mais, pour qui elle se prend celle-là !! »

« Pour Insuline ! » rétorqua Insuline hors d’elle. « Et mon rôle est de récupérer le sucre qui se trouve dans le sang. Je suis donc E-SSEN-TIELLE ! » trépignait Insuline furieuse de ce manque de respect.

Globine essaya de calmer Poïétine : « En effet, une fois mangé, le sucre passe directement de l’estomac dans le sang. Le rôle d’Insuline est d’ouvrir des portes au niveau du foie, mais aussi des muscles et des tissus où se trouve la graisse, pour que le sucre puisse y entrer. Là, il sera brûlé pour fournir l’énergie dont le corps a besoin ou bien stocké en attendant d’être utilisé. Tu as déjà entendu parler du diabète ? Et bien le diabète c’est quand Insuline ne peut pas assurer son travail correctement pour différentes raisons et que le sucre reste dans le sang. »

«Et puis d’abord, quelle moelle osseuse ? De la moelle osseuse il y en a dans tous les os » rétorqua Insuline d’un ton dédaigneux. « Et de toute façon, depuis ici c’est très difficile d’en expliquer le chemin. Je vous accompagnerais bien, mais ce n’est pas du tout ma direction » ajouta-t-elle froidement. « Vous feriez bien de commencer par remonter vers le cœur, lui, il pourra certainement vous expédier au bon endroit. »

« Ok, alors allons-y, nous n’avons pas de temps à perdre. Salut ! » conclut sèchement Poïétine tirant à nouveau Globine par le bras, exaspérée.

« Attends Poïétine, c’est pas dans ce sens ! Cette fois nous devons prendre une veine, seules les veines ramènent le sang vers le cœur. Si nous prenons une artère nous allons nous épuiser à nager à contre-courant ! »

« C’est un vrai labyrinthe » s’exclama Poïétine, « Comment fais-tu pour t’y retrouver ? »

« Question d’habitude. » Globine roulait à nouveau des mécaniques. « Oh et puis zut, cette fois on va prendre le bus » ajouta-t-elle oubliant brusquement ses allures de gros dur. « Il n’y en a pas beaucoup en ce moment, mais ça vaut le coup d’attendre un peu. » Et Globine emmena Poïétine vers un arrêt de globules rouges.

« Faut pas en vouloir à Insuline » dit soudain Globine. « Tu sais en ce moment, tout le monde est un peu sur les nerfs. »

Au bout de quelques minutes, un globule s’arrêta près des deux protéines qui grimpèrent et s’installèrent dans le creux de son dos.

« Tiens-toi bien Poïétine ! Prochain arrêt : le cœur ! »


Plus les deux compères s’approchaient du cœur, plus ses battements devenaient assourdissants.

« Attention Poïétine, on arrive ! » cria Globine. Ah ça oui, Poïétine sentait bien qu’elles arrivaient. Elle avait l’impression d’être à l’intérieur d’une cloche ! Elle tremblait de partout. Les battements du cœur étaient maintenant presque insupportables.

« Dis, tu n’aurais pas des boules quiès ? » hurla-t-elle à Globine. « On s’entend même plus penser ici. On se croir… » Mais le spectacle grandiose qui apparut soudain devant elle l’interrompit, la laissant bouche bée.

« C’est magnifique… » s’émerveilla Poïétine dans un murmure bien sûr totalement inaudible pour sa voisine. « On dirait une cathédrale. » Elle en avait même oublié le vacarme infernal qui régnait à cet endroit. Elles descendirent du globule rouge. Au-dessus d’elles s’étendait en effet une sorte d’immense dôme agité de battements réguliers. De longs piliers s’élevaient un peu partout, sur lesquels s’inséraient des cordages qui se rassemblaient vers le sommet du dôme, donnant à l’endroit un caractère majestueux, tout à fait grandiose.

« Qui est là ?! » hurlèrent deux voix à l’unisson, un baryton et un ténor, ce qui formait un duo plutôt étrange.

Poïétine et Globine aperçurent deux protéines qui glissaient le long d’une colonne pour les rejoindre. L’une d’elles – très élancée - atterrit sur le pied de Globine qui hurla de douleur.

« Mais tu ne peux donc pas faire un peu attention Myosine. C’est pas croyable ça ! » rouspéta-t-elle. « Aaah, mais voici ton adorable cousine Actine. » Globine se radoucit, visiblement sous le charme de la jolie petite protéine toute ronde.

« Présentes ! » Elles répondirent à nouveau ensemble. « On ne se quitte jamais ! » Actine et Myosine étaient deux protéines du muscle cardiaque. C’était grâce à elles que le cœur pouvait se contracter pour éjecter le sang dans les artères.

« Dis Globine, t’aurais pas une bulle d’oxygène ? » demanda Myosine. « Regarde comme le cœur bat avec peine. » En effet, chaque battement semblait un vrai supplice. « Le sang va bientôt faire du surplace si ça continue ! »

« Oh, tu exagères toujours Myosine, tu es une pessimiste ! » lui lança Globine. « Tu veux donc tous nous démoraliser ? »

« Non, ce n’est pas vrai du tout. T’as peut-être pas remarqué que les globules rouges arrivent partout avec du retard » lui répondit Myosine.

« C’est drôle… » rétorqua Globine avec une mauvaise foi évidente en lui tendant une bulle d’oxygène, « … au contraire, avec Poïétine on a pu attraper un globule qui avait même de l’avance. Pas vrai Poïétine ? »

« Bon, assez perdu de temps comme ça» lança Poïétine qui était agacée par ces enfantillages. « Dis Myosine, nous sommes à la recherche d’une moelle osseuse qui produit des globules rouges. Sais-tu où nous pourrions trouver ça ? » Ni Myosine, ni Actine n’en avaient la moindre idée, mais elles leur proposèrent de prendre l’aorte, puis l’artère carotide qui les mèneraient jusqu’au cerveau. Là, certainement, on pourrait les renseigner. « S’il y en a un qui sait tout, c’est bien le cerveau ! » s’exclamèrent en cœur les deux inséparables.

« Passez par-là. » Myosine indiquait un passage qui ressemblait aux battants d’une porte. Mais avant qu’elles n’aient le temps de réagir, une vague de globules rouges plus importante que les autres arriva à toute vitesse. Myosine et Actine eurent la présence d’esprit de s’accrocher aux colonnes alors que Globine et Poïétine furent emportées par le flot rugissant. Dans ce vacarme, elles distinguèrent à peine la voix de Myosine qui leur hurlait « Laissez-vous porter par la vague ! »


Elles réussirent avec peine à agripper un globule rouge, s’assirent dessus tant bien que mal, puis se laissèrent à nouveau porter par le courant.

« Alors que penses-tu de ce moyen de transport Poïétine, plutôt confortable non ? »

Mais celle-ci n’eut pas le temps de lui répondre :

« Attention Globine ! Il faut maintenir le cap !! » En effet, leur globule approchait à vive allure d’un embranchement en forme de Y d’où partait un petit vaisseau secondaire. BAMMM. » Avant qu’elles n’aient eu le temps de réagir, leur embarcation percuta de plein fouet l’embranchement. Globine réussit à se cramponner au globule, tandis que Poïétine fut éjectée sur la gauche. Happée par un tourbillon, elle disparut quelques instants avant de réapparaître un peu plus loin, emportée par le courant dans le petit vaisseau. Globine – toujours sur le globule - s’était quant à elle engagée dans le vaisseau principal. Paniquée, elle se mit à courir en arrière - sautant de globule en globule - pour retourner là où Poïétine avait disparue. Essoufflée, elle arriva au niveau de l’embranchement où régnait un fort courant. Au prix d’un effort ‘surprotéine’, elle réussit à se hisser de l’autre côté et se laissa emporter à son tour dans le petit vaisseau.

Un bruit - témoignant d’une grande effervescence - se faisait entendre au loin. « Oho, pensa Globine cela ne me dit rien qui vaille. » Elle entendit ensuite la voix de Poïétine : « Par ici, je suis là ! » puis l’aperçut dans une lumière aveuglante. « C’est bien ce que je pensais, il y a des travaux en cours par ici » pensa Globine tout en venant rejoindre Poïétine. Cette dernière était assise sur quelque chose d’un peu mou. Sous ses pieds s’ouvrait une sorte de crevasse et autour d’elle s’élevaient ce qui ressemblaient à des milliers d’arbres. « Regarde comme c’est beau, Globine » s’exclama Poïétine émerveillée.

« Oui, mais vaudrait mieux pas traîner ici » rétorqua Globine.

« Ah, mais pourqu… »

Poïétine fut interrompue par une voix menaçante qui se fit entendre derrière elles : « Bougez-vous d’là vous deux. Ce n’est pas une aire de repos ici. C’est un chantier. On est en pleins travaux. » Ces paroles étaient celles d’un géant qui s’approchait d’elles à grands pas. Il avait facilement trois fois leur taille.

« Ooooh zut, c’est bien ce que je craignais, c’est Collagène » s’exclama Globine. «Et il a très très très mauvais caractère celui-là. »

« Mais pourquoi ? », demanda Poïétine, « On le gêne ici ? »

« Ben plutôt… T’as pas encore compris ? Nous sommes en ce moment au bord d’une plaie ! C’est pour ça qu’il y a cette lumière. On est à l’extérieur !! Et là … » Globine montrait du doigt les arbres « … ce sont les poils de Lili. Et ici … » elle caressa le coussin tout souple sur lequel elles étaient assises « … c’est sa peau. Collagène est une protéine de la peau. Elle lui donne sa solidité et sa résistance, un peu comme un ciment. Quand il y a une blessure, il faut vite réparer ce trou en créant un nouveau morceau de peau pour éviter une trop grande perte de sang. Mais la peau est aussi une barrière contre les bactéries qui pourraient venir infecter le sang. Et des bactéries, il y en a des milliers qui vivent sur la peau ! Tant qu’elles restent à l’extérieur ce n’est pas grave, mais si elles pénètrent dans le corps, celui-ci peut tomber très malade. C’est pour ça qu’il faut aller vite. »

« Ben dis-donc, on est plutôt mal tombé hein ? » s’enquit Poïétine. « Pourtant, il faut quand même qu’on lui demande le chemin du cerveau. »

Le géant était arrivé à leur hauteur. « Allez oust, du balai vous deux, vous nous dérangez. D’ailleurs, si vous ne voulez pas vous retrouver figées sur place, vous feriez mieux de regagner vite fait l’intérieur » ajouta Collagène d’une voix bourrue.

« Oh mon dieu mais tu as raison ! » réalisa Globine brusquement horrifiée. Elle se leva aussitôt et tira précipitamment Poïétine par le bras. « Allons-nous en vite ! » « Aide-nous Collagène ? » Collagène souleva les deux protéines et les propulsa puissamment dans un autre vaisseau sanguin.

« Ouf, on a eu chaud, il s’en est fallu de peu que nous nous soyons retrouvées prisonnières ! » souffla Globine en s’essuyant le front.

« Comment ça, je ne comprends pas ? » demanda Poïétine.

« Et bien vois-tu, lorsqu’il y a une blessure dans la peau, il faut que le sang coagule rapidement sinon Lili en perdrait beaucoup trop. La coagulation, c’est comme un immense filet qui se forme dans le sang, immobilisant tous les globules rouges. C’est Fibrine, une autre protéine qui en est responsable. Si nous étions restées là-bas, nous aussi nous aurions été prises dans les mailles de ce filet et nous n’aurions jamais réussi à nous en échapper! »

« Alors, nous l’avons vraiment échappé belle » soupira Poïétine. « Rien que d’y penser j’en ai la chair de poule. »

« Dis-donc, quelle aventure, tu crois qu’on y arrivera Globine ? » Poïétine commençait à perdre confiance.

« Je sais pas » répondit Globine un peu défaite. « Nous n’avons même pas eu le temps de demander à Collagène le chemin de la moelle osseuse. Mais si nous continuons dans cette direction, nous devrions bientôt arriver au cerveau. Là-bas, on devrait pouvoir nous renseigner. Ce serait tout de même la moindre des choses ! »

Les deux protéines reprirent leur chemin en direction du cerveau, pensives et silencieuses.


Quelques instants plus tard, elles entendirent un coup de sifflet strident. Elles se retournèrent mais n’eurent pas le temps de s’écarter et furent bousculées par un escadron de protéines visiblement à la poursuite d’un individu qui ressemblait un peu à un oursin : une boule avec des piquants partout.

« Qu’est-ce que c’était ? » s’enquit Poïétine plaquée contre la paroi du vaisseau sanguin, encore sous le choc.

« Oh c’était seulement des Immunoglobulines » lui répondit Globine sur le ton de quelqu’un qui en a déjà vu d’autres. « Ce sont des protéines chargées de défendre le corps contre les virus et les bactéries qui essaient d’y pénétrer. On les appelle aussi des anticorps. Là, elles étaient en train de poursuivre le virus de la grippe. Pourvu qu’elles le rattrapent, il manquerait plus que Lili tombe malade. »

« C’est fou, je ne savais pas qu’il y avait autant de protéines différentes » remarqua Poïétine.

« Oh, mais tu n’as encore rien vu. Il y en a des milliers et des milliers rien que dans le corps humain. Mais il y en a aussi dans les animaux, dans les plantes. Elles ont toutes des tailles, des formes et des rôles différents. Nous formons une très très grande famille, tu sais » lui expliqua fièrement Globine.

« Mais où sont-elles fabriquées toutes ces protéines ? » demanda Poïétine

« Et bien à l’intérieur des cellules. »

« Et c’est quoi une cellule ? »

« Eh bien, elle n’a pas été très bien formée pour sa mission » pensa Globine. « Tu parles d’un agent. C’est pas vraiment 007 !! » « Viens Poïétine, remontons sur un globule, ensuite je t’explique. » Une fois installée, elle continua : « OK, alors tu vois, tous les organes comme le cœur, les reins, le foie etc. sont faits de cellules : les cellules sont un peu au corps ce que les briques sont à une maison. »

Puis, elle continua : « Dans chaque cellule, il y a des machines qui permettent de fabriquer des protéines en suivant des recettes qui sont écrites dans une sorte de grand livre qu’on appelle l’ADN. Pour prendre un exemple concret, toi par exemple Poïétine, tu es une protéine qui est normalement fabriquée par les cellules des reins. Chez Lili, ces cellules sont abîmées et n’en produisent plus assez, c’est pour ça qu’elle a dû te prendre sous forme de médicament. »

Sentant que ses explications n’étaient pas superflues, Globine continua encore : « Un globule rouge c’est aussi une cellule, une cellule du sang. Seulement, elle ne vit que 120 jours, après quoi elle doit être remplacée par une neuve. Dans la moelle osseuse, il y a des cellules qu’on appelle des ‘cellules souches’. Quand il n’y a plus assez de globules rouges dans le sang, ces cellules doivent se multiplier et se transformer en globules rouges pour les remplacer. Chez Lili, ces cellules souches sont un peu comme ‘endormies’. Et ton rôle à toi Poïétine, c’est de les réveiller. »

« Oui, oui, bien sûr, je sais tout ça» s’exclama Poïétine qui en fait commençait seulement à comprendre sa mission…


« Qu’est-ce que c’est tranquille par ici », remarqua soudain Poïétine. « Où sommes-nous ? »

« Nous arrivons à proximité de l’hypothalamus…. » chuchota Globine.

« L’hippo quoi ? »

« L’hypothalamus. C’est une partie du cerveau très importante qui contrôle beaucoup de fonctions du corps comme par exemple l’appétit ou le sommeil. »

« Eh ben, ça paie pas de mine » remarqua Poïétine. « On dirait un chou-fleur ! »

« Tiens, voilà justement Orexine. C’est une des protéines qui contrôlent le sommeil et l’appétit, mais il y en a d’autres. Oooho, Orexine ! » Globine faisait de grands signes pour attirer son attention.

Une minuscule protéine coiffée d’un bonnet de nuit se releva en baillant. « Ouais ? C’est à quel sujet ? » Elle était à moitié endormie.

« C’est moi, Globine. T’as pas autre chose à faire que de dormir ? Ca fait mauvaise impression devant les visiteurs. »

« Les visiteurs, quels visiteurs ? Et puis d’abord, c’est pas ma faute. J’attends des renforts. Il se passe plus grand-chose par ici. Tant que j’ai personne pour m’assister, ce cerveau restera endormi. Alors, j’ai décidé d’en profiter pour faire aussi un petit somme. Y’a pas de mal à ça… Mais t’as raison, c’est une sieste qui dure un peu trop longtemps. Dis, tu sais toi pourquoi Lili tourne au ralenti ? »

« Lili est anémique. Tout son corps est fatigué, alors elle dort beaucoup. Poïétine, qui est là derrière moi … » Orexine jeta un regard nonchalant par-dessus l’épaule de Globine « … cherche la moelle osseuse qui produit les globules rouges. Vous qui vous vantez de toujours tout savoir dans le cerveau, vous n’auriez pas une idée de l’endroit où on pourrait trouver ça ? »

« Pfff, bien sûr que je le sais » répondit Orexine dédaigneusement. « Pour qui me prends-tu ? » Puis elle laissa échapper un large bâillement, ajusta son bonnet et regarda les deux protéines droit dans les yeux avec un air malicieux. « Mais je vous le dirai seulement si vous me laissez vous montrer quelque chose. »

« Oh, Orexine, non, nous n’avons pas le temps, vraiment » répondirent de concert Globine et Poïétine trépignant sur place. « Il faut nous le dire tout de suite. »

« Non » répondit catégoriquement Orexine en croisant les bras et en secouant énergiquement la tête, les sachant à sa merci. « C’est à prendre ou à laisser. » Et elle se réinstalla à l’horizontal, en tirant son bonnet de nuit plus bas.

Globine et Poïétine étaient furieuses.

« Non, mais j’en reviens pas ! » s’exclama Poïétine. « C’est quoi cette protéine ? Je vais lui flanquer une baffe moi si elle continue ! »

Globine, aussi hors d’elle, faisait les cent pas en se tenant la tête et murmurait : « C’est pas possible, elles m’auront tout fait. Quelle honte ! Ca doit être sa fonction qui lui monte à la tête. Elle a besoin de contrôler tout le monde … » « Bon d’accord, tu as gagné ! » finit-elle par lancer à l’attention d’Orexine. « Montre-nous ce que tu veux et ensuite promets-nous de nous diriger dans la bonne direction. »

Satisfaite, Orexine sauta sur ses pieds et afficha un large sourire.

« Vous verrez, vous ne le regretterez pas, c’est magique ce que je vais vous montrer là » leur dit-elle tout excitée. « Et c’est pas très loin. »


Les trois protéines s’engagèrent dans les méandres du cerveau. « Faites attention à ne pas vous faire électrocuter, il y a de l’électricité qui passe par ici. Ecartez-vous aussi des panneaux indiqués ‘TRAFIC INTENSE : SYNAPSES’ » leur mentionna Orexine.

« C’est quoi les synapses ? » s’enquit Poïetine.

« Ce sont des sortes de relais qui permettent de faire passer les informations entre les cellules du cerveau qu’on appelle les neurones » dit Orexine qui visiblement n’avait aucune envie d’entrer dans une explication. Globine et Poïétine n’osèrent pas poser d’autres questions et n’en surent pas plus.

Orexine les amena à l’entrée d’un tunnel étroit au bout duquel on apercevait une lumière. « Voici le nerf optique, en le suivant nous pourrons atteindre l’œil. Allons-y, je vais vous montrer quelque chose d’étonnant. » En pénétrant dans l’œil, Globine et Poïetine eurent le souffle coupé. « Ouahou ! C’est géant cet endroit ! » Elle se trouvait dans une cavité énorme, toute ronde. Sa paroi était recouverte d’un enchevêtrement de vaisseaux sanguins très fins. C’était vraiment très beau.

« Venez voir par là. Je voudrais vous présenter quelqu’un. » Orexine les amena tout près d’une sorte d’écran rond à géométrie variable. On se serait cru dans une salle de cinéma.

« Chouette » pensa Poïétine. « Peut-être qu’il passe Harry Potter, je ne l’ai pas encore vu. »

« Je vous souhaite la bienvenue » dit une voix douce et aérienne qui semblait sortir de l’écran.

« Mais qui parle ? » s’enquit Poïétine tout étonnée.

« C’est moi, Cristalline. Là, je suis juste devant vous. »

Globine et Poïétine se regardèrent éberluées, n’y comprenant rien.

« C’est peut-être un fantôme » dit Globine peu rassurée.

« Arrête Globine, tu me fiches la trouille ! » répondit Poïétine qui commençait à trembler comme une feuille.

« Mais non, je ne suis pas un fantôme. Seulement je suis une protéine transparente. C’est moi qui forme l’écran qui est devant vous et qu’on appelle le cristallin. Et ce n’est pas un écran de cinéma, mais plutôt une sorte de vitre. Ce que vous voyez derrière, c’est le monde extérieur, c’est ce que regarde Lili en ce moment. Selon la courbure que prend le cristallin, Lili peut voir net tout près ou bien très loin. C’est exactement comme la lentille d’un appareil photo. »

« Ah bon, je préfère ça » dit Globine soulagée. « Moi les fantômes, je les aime uniquement au cinéma. »

« C’est vraiment incroyable ! » s’émerveilla Poïétine. En effet, devant elles s’étendait la chambre de Lili. Droit devant se trouvait une commode avec un grand miroir, à gauche une penderie et sur la droite une fenêtre à travers laquelle on distinguait un lilas blanc tout en fleurs.

« Je vous l’avais bien dit » ajouta Orexine qui n’était pas peu fière.

Alors qu’elles étaient toutes trois en train d’admirer la vue, un énorme monstre poilu, pourvu de grandes oreilles et de grandes dents, surgit brusquement, semblant prêt à bondir sur elles !!

« Au secours ! » crièrent-elles en cœur en reculant d’un bond.

« Ah ah ah ah ». Cristalline partit d’un grand éclat de rire. « N’ayez pas peur, ce n’est que Merlin, le chat de Lili qui vient seulement lui faire un gros câlin. »

« Oh ! avec tout ça, j’avais presque oublié la raison de notre présence ici » s’exclama Globine à peine remise de ses émotions. « C’était vraiment super Orexine, on reviendra c’est promis, mais maintenant il faut que tu tiennes ta promesse. »

Orexine prit un air espiègle. « Seulement si vous arrivez à résoudre cette énigme. » Poïétine et Globine se ruèrent sur Orexine, prêtes à l’égorger. « Ok, ok, c’était juste pour rire les amis ! » les rassura-t-elle en pouffant de rire devant leur mine déconfite. « Bon, alors vous avez plusieurs possibilités » enchaîna Orexine. « Le genre de moelle que vous recherchez s’appelle de la moelle rouge et on en trouve surtout dans l’os du bassin, dans les côtes ou encore dans le sternum. Mais je pense que le plus pratique pour vous serait de descendre dans l’os du bassin. C’est aussi là qu’il y en a le plus. »

« Oh non ! » gémit Globine. « C’est aussi le plus éloigné d’ici. »

« Oui, mais si vous suivez la moelle épinière qui est à l’intérieur de la colonne vertébrale, vous y êtes en deux coups de cuillère à pot. »

A peine avait-il prononcé ces mots que Globine agrippa Poïétine par le bras et la traîna en direction de la moelle épinière, tout en saluant Orexine et Cristalline : « A bientôt mes amis et merci ! »

« Eh, Globine, t’as même pas demandé le chemin » lança Poïétine.

« T’en fais pas, j’sais où ça se trouve », lui répondit Globine. « Il faut repasser près de l’hypothalamus. »

« L’hypo quoi ? » demanda à nouveau Poïétine.


Arrivées à l’entrée de la moelle épinière, Globine s’exclama : « Maintenant, on va jouer à Tarzan ! Tu vas voir c’est rigolo. » Devant l’air ahuri de Poïétine, Globine se mit à lui expliquer : « Tu vois la moelle épinière c’est un peu la suite du cerveau. Dedans, il y a plein de cordes : ce sont les fibres nerveuses. Alors nous, nous allons les utiliser comme des lianes : on aura qu’à se laisser glisser à l’intérieur de la colonne vertébrale jusqu’au bassin de Lili en passant d’une liane à l’autre. »

« Super ! Alors en avant ! » s’écria Poïétine qui ne tenait déjà plus en place à cette idée. Et elle poussa un long cri de Tarzan en s’élançant à la suite de Globine qui avait agrippé une des lianes.

Effectivement la méthode était efficace et quelques instants plus tard, le bassin était déjà en vue.

« Attention Poïétine, on arrive bientôt. Il faut commencer à freiner », hurla Globine. Mais évidemment, Poïétine - trop excitée par son nouveau jeu - n’en fit rien. L’arrivée fut un vrai carambolage, ce qui fit beaucoup rire les deux amies.

Une fois dans le bassin, elles entreprirent de se faufiler dans l’os pour accéder à la moelle osseuse. « C’est plein de trous par ici. Parfait pour jouer à cache-cache. Une petite partie Globine hein, qu’est-ce que tu en dis ? »

Mais Globine avait perdu son sourire. « Ben voilà, tu es arrivée Poïétine. Je crois que c’est ici que nos chemins se séparent. » Il y avait de la tristesse dans sa voix.

« Oui, je sais Globine .» Poïétine était soudain très émue. « Je crois bien que tu vas me manquer, tu sais. » Elle laissa échapper une larme.

Les deux protéines tombèrent dans les bras l’une de l’autre.

« Merci Globine, sans toi je n’y serais jamais arrivée. Je ne t’oublierai jamais. »

« Oh mais on a bien rigolé. D’ailleurs j’ai quelques bosses qui peuvent en témoigner ! » lui répondit Globine en souriant.

Sur ce, Poïétine fit un petit signe de la main à Globine, puis entra dans la moelle en criant d’une grosse voix aux cellules souches :

« Oh hé, debout là d’dans . Fini les vacances, les grasses matinées, va falloir vous mettre au boulot les filles, et sérieusement !! »


« Ouhaaaaaa », Lili ouvre les yeux et bâille en s’étirant de tout son long. Pour la première fois depuis quelques jours, elle se sent de bonne humeur. Elle regarde par la fenêtre. C’est le printemps. La lumière est plus douce et les fleurs commencent à sortir un peu partout dans le jardin. Elle est en train de rêvasser, quand soudain, elle croit apercevoir Globine et Poïétine courir sur la balustrade du balcon. Lili sourit. Décidément cette petite sieste lui a redonné courage. Maintenant, elle en est sûre : bientôt, elle sera guérie !

FIN

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