mai 2009

Globine et Poïétine sur la piste de la moelle rouge - 2nde éd.

par Sylvie Déthiollaz et Vivienne Baillie Gerritsen

Conte scientifique
Un merveilleux voyage qui vous conduira jusqu'au tréfonds du corps humain

« Globine et Poïétine doivent sauver la vie de la petite Lili. Mais le temps passe et la moelle rouge reste introuvable... Ce fabuleux voyage, parsemé de mille et une péripéties, t'entraînera jusqu'au tréfonds du corps humain. »

Texte et Illustrations: Sylvie Déthiollaz et Vivienne Baillie Gerritsen du groupe Swiss-Prot de l'Institut Suisse de Bioinformatique.
Seconde édition, 2009. Première édition, 2003

[ Globine et Poïétine ]

Pour commander un exemplaire du livre signé par l'une des auteures, veuillez vous adresser à prolune@isb-sib.ch sans oublier de nous indiquer vos coordonnées.
Prix: 15.00 CHF (10.00 euros)
Un aperçu du livre est disponible sur lulu.com où le livre est également en vente.
Version pdf.

Le conte a été traduit en anglais sous le titre de "Journey in a tiny world" par Vivienne Baillie Gerritsen du groupe Swiss-Prot de l'Institut Suisse de Bioinformatique.
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Lili va avoir dix ans. Mais cette année, la perspective de fêter son anniversaire ne la réjouit pas, car elle ne va pas bien. Pas bien du tout. Assise sur un petit muret, elle regarde ses amis jouer dans le préau de l’école. « Si ça continue comme ça, soupire-t-elle, Nicolas va réussir à battre mon record de vitesse en roller et les prouesses de Magalie à la barre fixe surpasseront bientôt les miennes. » En effet, voilà plusieurs semaines que Lili se sent très fatiguée. Mais depuis quelques jours c’est encore pire. Elle a vraiment perdu toute énergie et même sa bonne humeur s’est envolée. Lorsqu’elle se lève de son lit ou de sa chaise, la tête lui tourne et à chaque effort, son cœur s’emballe et se met à battre la chamade.

« Viens jouer Lili ! », lui lancent ses copains. Mais Lili ne peut pas. Ses jambes semblent faites de gomme. Elle a l’impression que son corps la trahit, qu’il pèse aussi lourd que… tiens, que le Mont Blanc… qu’elle arrive tout juste à apercevoir entre les toits.

Tous ses sports préférés lui échappent. Et ce n’est guère plus brillant du côté de ses résultats scolaires. Ses notes sont en chute libre. Lili n’arrive plus à se concentrer. Un vrai cauchemar !

Ce jour-là, lorsqu’elle rentre chez elle, Lili s’écroule sur une chaise et se met à pleurer. « Je suis si fatiguée que je n’ai plus goût à rien », se plaint-elle. La maman de Lili regarde sa fille. Ses joues sont toutes blanches, même ses taches de rousseur ont disparu. Et voilà qu’elle commence en plus à perdre l’appétit. « Nous irons voir le médecin cet après-midi, lui dit-elle. Tu commences à m’inquiéter. Ça dure depuis trop longtemps maintenant. »


Dans la salle d’attente, Lili est amorphe. Ses couettes, d’habitude si enjouées, semblent traîner par terre comme des limaces. Son attitude fait rire un petit garçon qui la taquine en l’imitant. Sa maman fronce les sourcils et lui glisse quelques mots sévères à l’oreille. Le garçon se remet à jouer avec sa petite voiture rouge, la mine un peu déconfite et lance de temps à autre des regards interrogateurs vers Lili. En temps normal, Lili lui aurait fait une horrible grimace, tout en lui jetant un regard noir. Mais là, sa riposte se résume à un petit froncement du nez.

« Lili ? » Ça y est. C’est son tour. Lili se hisse sur ses jambes molles et se traîne dans la salle de consultation. « Alors ça ne va pas Lili ? lui demande le Docteur Bistorino en observant son extrême pâleur. Pendant que je t’ausculte, tu vas me raconter ce qui t’arrive. » En temps normal, il aurait été difficile d’arrêter le flot de paroles de Lili, mais là c’est à peine si quelques mots s’échappent de sa bouche. Le médecin a l’air soucieux. « Nous allons devoir faire une prise de sang pour des analyses, dit-il en s’adressant par-dessus ses lunettes à la maman de Lili, vous reviendrez demain pour les résultats. » A ces mots, Lili devient encore plus pâle, imaginant la grosse aiguille s’enfoncer dans son bras. Mais le médecin, devinant son angoisse, la rassure : « Tu verras, tu ne sentiras rien. Mon assistante est une vraie magicienne. »

Le lendemain, les résultats sont là.
« Lili fait de l’anémie », annonce le médecin. Lili devient toute pâle. « Faire de l’anémie signifie que tu ne fabriques pas suffisamment de globules rouges. » Lili se tourne vers sa mère et se met à pleurer. « Ne pleure pas Lili. On va te guérir. Tes reins sont juste un peu paresseux en ce moment.
— Qu’est-ce que ça a à voir avec mon sang ? renifle Lili.
— Eh bien ce sont tes reins qui aident à fabriquer ton sang.
— Les globules rouges ? interroge Lili en séchant ses larmes.
— Oui. Tu vois, Lili, normalement ton sang est rempli de globules rouges. Et ce sont ces globules qui attrapent l’oxygène dans l’air que tu respires. L’oxygène est comme le bois que tu mets dans le feu : ça l’alimente.
— Et c’est pour ça qu’on respire plus fort quand on court ? s’intéresse Lili, curieuse comme à son habitude.
— Oui… C’est un peu ça. Tu as besoin de plus d’oxygène parce que ton corps travaille plus.
— Mmm… ponctue Lili en se mouchant bruyamment.
— Une fois que tes globules rouges ont attrapé l’oxygène, il faut ensuite l’envoyer à différentes parties de ton corps. De la tête à tes pieds. Et…
— … et mes vaisseaux sanguins sont comme des autoroutes qui conduisent l’oxygène partout dans mon corps !
— Oui précisément ! s’exclame le Docteur Bistorino ravi que Lili ait compris. C’est de cette manière que l’oxygène est livré dans ton cerveau, tes muscles, ton cœur et même tes reins.
— Mais… qu’est-ce qu’il fait avec tout cet oxygène mon corps ?
— Comme je te l’ai dit Lili, pour nous, l’oxygène c’est comme la bûche que l’on met sur le feu. Il l’alimente.
— Mais… la nourriture nous alimente aussi, observe Lili.
— Oui, nous avons aussi besoin de manger. Nous avons besoin de nourriture et d’oxygène. » Lili semble satisfaite par l’explication du médecin. « Alors tu vois, si tu n’as pas suffisamment de globules rouges dans ton sang, l’oxygène que tu respires ne trouvera pas son chemin dans ton corps, et tout finira par ralentir… »


Voilà deux jours que Lili est au fond de son lit. Elle ne se sent toujours pas mieux et rien ne parvient à lui arracher un sourire – ni ses amis, ni leurs cadeaux, ni même les ronronnements de Merlin, son gros matou qui ne quitte plus son lit. Elle entre et sort d’un sommeil qui n’en finit pas, peuplé de rêves où se mélangent son désir de guérir et les explications données par le Docteur Bistorino…

Lili voudrait guérir vite ! Battre Susie à l’élastique, attacher Léon au poteau du panier de basket et rigoler avec ses copines. Mais au lieu de cela, elle est au fond de son lit. Elle regarde fixement sa table de chevet sur laquelle se trouve le médicament qui attend les visites du docteur. « On ne peut pas prendre ce médicament par la bouche, lui a-t-il dit. Comme c’est une protéine, elle serait digérée dans l’estomac comme un aliment normal et ne servirait plus à rien. » Mais Lili a tellement envie de guérir qu’une idée saugrenue lui vient. Si elle avalait quand même son médicament, peut-être guérirait-elle tout de même un petit peu plus vite ?

Tout est calme dans la maison. Brusquement, Lili se redresse dans son lit, attrape le médicament et l’avale d’un coup…


La chute de Poïétine lui semble interminable. La voilà qui glisse le long d’un tube gluant, un peu mou, où il fait noir comme au fond d’un puits. Les parois de ce drôle de toboggan bougent, se contractent, cherchant à la propulser toujours plus loin. Au bout d’un moment, le tube s’élargit et Poïétine atterrit lourdement sur une sorte de replat. Un peu sonnée, elle reste sans bouger quelques secondes et observe les lieux. On dirait une sorte d’immense caverne très humide. Il y fait chaud et… beurk… ça ne sent pas très bon. « Mais où ai-je atterri ? pense Poïétine. Ce n’est pas du tout comme on me l’avait décrit. Alors quoi, non seulement le confort est zéro, mais en plus l’arrêt n’est manifestement pas le bon ! Bon, ben, ‘suis pas là pour rêvasser moi. J’ai du boulot. » Poïétine se relève péniblement, en frottant ses bosses. Mais soudain, le sol glissant se dérobe sous elle et en deux temps trois mouvements la voilà à nouveau par terre.
« C’est une vraie patinoire ici ! s’exclame-t-elle furieuse.
— Qui va là ? retentit une grosse voix tonitruante.
— Qui va là ? Qui va là ? » répond l’écho.

Puis le silence. Poïétine, surprise, n’ose bien sûr ni répondre, ni bouger et reste figée, retenant son souffle. Soudain, elle entend un son régulier. « Tchac… tchac… tchac… » Poïetine s’avance prudemment en direction du bruit qui résonne de plus en plus fort. Et là, au détour d’une bosse, apparaît de dos un imposant personnage. « Tiens, voilà quelqu’un qui pourra certainement me renseigner » pense-t-elle en s’avançant d’un pas enjoué. Mais voilà qu’elle ralentit, horrifiée par la scène qui se déroule devant elle. Une grosse protéine, toute en sueur, s’affaire autour de ce qui ressemble fort à une table de boucher. Sur celle-ci, Poïetine reconnaît Albumine ! Elle est attachée à la table ! Lili a mangé un œuf à la coque au petit déjeuner ; c’est dans le blanc de l’œuf qu’habite Albumine ! La protéine boucher tient dans sa main un hachoir qu’elle laisse tomber régulièrement sur la table, tranchant en menus morceaux la pauvre protéine !

Maîtrisant à grand-peine sa peur, Poïétine prend une voix aussi douce et agréable que possible pour formuler un tout petit « Bonjour... » En guise de réponse, seul un grognement émane de la bouche du boucher qui n’interrompt pas pour autant sa macabre activité. Prenant ceci pour une invitation à poursuivre, Poïetine se racle la gorge :
« S’il vous plaît, pourriez-vous me dire où nous sommes ?
— Mmhrrr… » grogne à nouveau le boucher à la mine patibulaire.
S’ensuit un long silence. Poïétine reste plantée là, ne sachant trop si elle ferait mieux de déguerpir, tandis que le boucher continue son hachage méthodique. Finalement, Poïétine décide d’insister une dernière fois : « Hum. Je suis en mission commandée savez-vous… une mission assez importante d’ailleurs… En fait la vie de Lili en dépend… »

A ces mots, le boucher stoppe net son travail et se tourne vers Poïétine, son hachoir toujours à la main. Celle-ci réalise alors qu’il n’y a qu’elle, le boucher et la pauvre protéine dépecée sur la table. Elle sent une angoisse terrible la submerger et commence à reculer, soudain consciente du danger qui plane sur elle.

« Cher Monsieur, je vois que vous avez énormément de travail, je vais donc vous lais… » A cet instant, le boucher brandit très haut son hachoir prêt à le laisser tomber sur Poïétine. Celle-ci se met alors à courir dans tous les sens sans savoir où fuir, car cet affreux boucher bloque la seule issue et remonter dans le toboggan lui paraît clairement impossible. « Me cacher, je dois me cacher à tout prix ! » pense-t-elle. VLAN ! Le premier coup de hachoir tombe à quelques millimètres de Poïétine. « Visiblement, ses intentions n’ont rien d’amical ! » A peine cette réflexion faite que le deuxième coup de hachoir s’abat, puis le troisième et le quatrième. A chaque fois Poïétine les évite de justesse mais elle sent bien que l’étau se resserre et qu’elle ne pourra bientôt plus lui échapper. Le hachoir se soulève une nouvelle fois. Poïétine – acculée dans un coin – ne peut plus esquiver le coup fatal. Sa fin est proche. Elle ferme les yeux, attendant le coup de grâce… Mais soudain, quelque chose l’agrippe et la soulève au moment même où la lame va s’abattre sur elle. Poïétine ne comprend pas ce qui lui arrive. Elle traverse quelque chose d’indéfinissable et se retrouve dans une sorte de tunnel assez étroit en face d’un grand sourire :
« Salut ! Moi c’est Globine ! »


Devant elle se tient une protéine aux formes très arrondies.
« Eh bien on peut dire que tu es arrivée au bon moment ! Merci, je te dois une fière chandelle. Sans toi, à l’heure qu’il est, je serais réduite en bouillie… Mais qui était ce fou furieux ? s’enquiert Poïétine tout en se débarrassant de quelques résidus gluants.

— Oh lui ? C’était Pepsine, répond Globine. C’est son boulot. Il passe sa journée à découper des bouts de nourriture.
— Pourquoi ?
— Il fait partie de ce qu’on appelle la digestion. Personne ne peut vivre sans lui. Lorsque les aliments arrivent dans l’estomac de Lili, c’est lui qui les hache en tout petits morceaux…
— … comme pauvre Albumine…
— Oui… comme Albumine… Ensuite ces petits morceaux sont envoyés vers les différentes parties du corps.
— Pourquoi ?
— Ils sont un peu comme des briques… » Poïétine ne comprend pas. Globine continue. « Tu vois, les petits morceaux aident à remplacer des parties du corps qui ont besoin d’être renouvelées, ou à construire de nouvelles parties.
— Ah… Je vois… » Poïétine ne voit pas vraiment mais elle a d’autres chats à fouetter. Elle est encore un peu sous le choc après avoir failli être hachée menue.
Globine décide de ne pas poursuivre et regarde Poïétine : « T’as vraiment eu de la chance que je passe par là. Mais t’es qui, toi ?
— Je suis l’agent Poïétine. On m’a envoyée ici en mission… spéciale. » Il en faut plus pour impressionner Globine. Poïétine continue. « Je dois aller dans la moelle osseuse pour aider Lili à produire plus de globules rouges parce qu’elle n’en a pas assez.
— Eh bien c’est pas trop tôt ! s’exclame Globine. Ça fait un moment que je t’attends ! Je suis ABSOLUMENT crevée ! J’ai trois fois plus de boulot qu’avant !!
— Ah bon, et pourquoi ?
— Tu ne me reconnais donc pas ? » répond Globine un peu vexée. Poïétine secoue la tête. « Je suis une hémoglobine. » Elle fait une pirouette devant Poïétine qui fait semblant d’être impressionnée. « Normalement, je me trouve à l’intérieur des globules rouges et c’est moi qui attrape l’oxygène dans les poumons et le distribue partout dans le corps, ajoute-t-elle fière comme un paon. Regarde ! poursuit Globine qui se tourne pour montrer son sac à dos plein d’oxygène.
— Ouaahhhhh ! s’exclame Poïétine. Tu en portes quatre ! C’est pas trop lourd ?
— Non ! C’est léger comme l’air ! » rit Globine qui enchaîne une deuxième pirouette. Puis elle se penche vers Poïétine et lui dit sur un ton grave. « Mais t’es pas sortie de l’auberge, ma pauvre, parce que la moelle osseuse c’est pas du tout par ici. Il va falloir faire un long voyage. Oups, mais je parle, je parle, j’ai pas que ça à faire moi, faut que j’te laisse. Bon, eh bien bonne chance Poïétine !
— Eh ? Attends !
— Pourquoi ?
— Tu peux pas me laisser comme ça !
— Pourquoi pas ?
— Tu dois m’aider à trouver la moelle osseuse !! » s’écrie Poïétine… qui rajoute un tout petit « s’il te plaît…
— Désolée ma p’tite dame, mais faudra que tu te débrouilles toute seule, mon devoir m’appelle, déclame Globine d’un air important.
— Mais tu veux aider Lili. Oui ou non ? s’impatiente Poïétine.
— Bien sûr que oui. Quelle question !
— Alors réfléchis deux minutes. Ton devoir est de fournir de l’oxygène. Si tu m’aides à trouver la moelle osseuse, alors je pourrai fabriquer plus de globules rouges et toi, tu pourras livrer plus d’oxygène… » Globine écoute attentivement. « Ce qui fera de toi une héroïne… renchérit malicieusement Poïétine.
— Mmm, ma foi, c’est pas bête… Et tout le monde parlera de moi… Je serai invitée partout… répond Globine songeuse. Et je distribuerai des autographes… Et on parlera de moi à la télé… puis à la radio… Et je donnerai des interviews pour des magazines et des quotidiens… Et quelqu’un va bien songer à écrire ma biographie… Et…
— … et si on ne se dépêche pas, Lili pourrait tomber sérieusement malade, interrompt Poïétine.
— Top là, c’est parti ! Il n’y a plus de temps à perdre ! En route pour la moelle mon amie !!! »
Et voilà Globine qui s’élance dans le vaisseau sanguin entraînant à sa suite Poïétine par la main.


« C’est quoi ce bruit que l’on entend au loin Globine ? demande Poïétine. Il me donne la chair de poule.
— Oh ça, c’est le cœur de Lili. Il marche comme une pompe et propulse le sang dans les artères et les vaisseaux sanguins. C’est grâce à lui qu’on est arrivé ici Poïétine ! Cool comme transport non ? »
Poïtéine ne répond pas. Elle écoute le battement rythmique. « C’est terrifiant… » lâche-t-elle. Elle se met à trembler.
« Non, c’est réconfortant, rétorque Globine. Moi, je me sens en sécurité tant que j’entends ce battement. Sans lui, il se passerait plus grand-chose par ici… Ce serait comme mort… » Globine s’assoit pour admirer la vue et écouter le bruit du sang remplir le cœur de Lili.
« T’es vraiment certaine de connaître le chemin pour aller dans la moelle osseuse, Globine ? demande soudain Poïétine qui commence à douter de l’assurance de Globine.
— Heu, à vrai dire, pas tout à fait, répond Globine.
— Pas tout à fait ou pas du tout ? s’enquiert Poïétine.
— Eh bien, je connais les os de Lili… répond Globine, mais…
— Mais quoi ?! s’exclame Poïétine d’un ton brusque.
— Mais… Je suis déjà passée tout près de la moelle épinière… mais j’crois pas que ce soit la même chose. » Poïétine perd son sang froid et trépigne de rage. « Tu sais, je suis encore jeune et je n’ai pas tout vu, s’excuse Globine un peu gênée. J’ai encore beaucoup à découvrir. Et le corps est un endroit vaste. Très vaste… Mais t’inquiète... »
Poïétine se laisse tomber par terre et se met à bouder.
« Tu sais quoi ? dit Globine après un court silence.
— Quoi ?
— On va aller voir ma copine Insuline du pancréas. C’est aussi une grande voyageuse. Je suis sûre qu’elle saura. »

Au moment même où Globine et Poïétine arrivent à la hauteur d’un organe en forme de virgule, une protéine saute à pieds joints dans le sang, les éclaboussant copieusement.
« Beurk ! s’écrie Poïétine dégoûtée, en essuyant quelques gouttes qui ont giclé sur elle.
— Eh ben bravo Insuline ! Félicitations ! Nous voilà dans un bel état maintenant ! Tu parles d’un accueil ! rouspète Globine.
— Oh salut Globine, je ne vous avais pas vues. » répond Insuline faisant preuve d’une totale mauvaise foi. Elle étouffe un petit rire, pas mécontente de sa farce.
« Mouais, bon, ça ira pour cette fois, grogne Globine en s’essuyant.
— Oh ! Il faut bien que je m’amuse un peu. C’est pas drôle en ce moment tu sais. On manque d’oxygène par ici. Regarde mon usine, elle tourne de plus en plus mal. Je suis vraiment inquiète. Alors je me distrais comme je peux.
— Eh bien justement, nous sommes là pour ça. Tiens, prends déjà cette bulle d’oxygène. Je peux pas t’en donner plus car il faut que je répartisse au mieux ma cargaison, rétorque Globine en détachant une bulle d’oxygène de son dos. Et regarde qui je t’amène… » ajoute-t-elle fièrement. Globine montre Poïétine du doigt, certaine qu’Insuline la reconnaîtra. Insuline ne réagit pas. « Poïétine… Insuline… Tu sais qui est Poïétine tout de même, non ? » Insuline secoue la tête. « Poïétine a justement été envoyée pour résoudre notre grave problème. » Insuline lève les sourcils mais reste muette. « Poïétine doit se rendre dans la moelle osseuse. Je lui ai tout de suite proposé de l’emmener, tu penses bien, mais je voulais que tu me confirmes la direction, ment effrontément Globine.
— Quel culot, murmure Poïétine. Elle manque pas d’air !
— Elle s’appelle Insuline ! IN-SU-LINE… ! répète lentement Insuline, en faisant une révérence. Je suis la molécule qui récupère le sucre qui se trouve dans le sang. Je suis donc ES-SEN-TIELLE ! » déclame Insuline fièrement.
Poïétine commence à perdre patience. Ces présentations lui semblent interminables.
Globine essaie de calmer Poïétine : « Poïétine… souffle Globine. Sois patiente ! Elle est pompeuse mais elle nous dira où trouver la moelle osseuse… » Globine se tourne vers Insuline et lui livre un de ses plus beaux sourires.
« Et une fois que Lili a avalé le sucre, poursuit Insuline, il va directement de l’estomac dans le sang. Et mon rôle est d’ouvrir des portes qui laisseront passer le sucre dans le foie, les muscles et tous les tissus où se trouve la graisse…
— On doit vraiment écouter tout ça ? » grommelle Poïétine qui bâille d’ennui.
Globine lui fait signe que oui : « Attends un peu… Elle parle toujours autant… » chuchote-t-elle. Insuline s’impatiente. Poïétine soupire.
« Le sucre, continue Insuline, sera par la suite brûlé pour fournir l’énergie dont le corps a besoin… ou… ajoute-t-elle de manière théâtrale, il sera stocké en attendant d’être utilisé plus tard. Déjà entendu parler du diabète ? renifle-t-elle.
— Non. Non, je n’ai jamais entendu parler du diabète. Et je ne suis pas sûre de vouloir en entendre parler non plus, répond Poïétine hâtivement en tirant Globine par le bras. Il faut vraiment y aller maintenant…
— Bon, poursuit Insuline tout en ignorant Poïétine à nouveau, eh bien… le diabète est une maladie qui se produit lorsqu’il y a trop de sucre dans le sang.
— Pourquoi ? Ça t’arrive de perdre les clefs des portes ? » ironise Poïétine.
Insuline ignore le commentaire, fait une pause, nettoie un de ses ongles puis clame : « Bon. C’est quelle moelle osseuse que vous cherchez ? De la moelle osseuse il y en a dans tous les os, dit-elle d’un ton dédaigneux. Et de toute façon, depuis ici c’est très difficile d’en expliquer le chemin. Je vous accompagnerais bien, mais ce n’est pas du tout sur ma route, ajoute-t-elle froidement. Vous feriez bien de commencer par remonter vers le cœur ; lui, il pourra certainement vous expédier au bon endroit.
— Ok. Alors allons-y. Nous n’avons plus de temps à perdre. Salut ! conclut sèchement Poïétine tirant à nouveau Globine par le bras, exaspérée.
— Attends Poïétine, c’est pas dans ce sens ! s’écrie Globine. Cette fois nous devons prendre une veine. Seules les veines ramènent le sang vers le cœur. Si nous prenons une artère nous allons nous épuiser à nager à contre-courant !
— C’est un vrai labyrinthe, s’exclame Poïétine. Comment fais-tu pour t’y retrouver ?
— Question d’habitude, se vante Globine qui roule à nouveau des mécaniques. Oh et puis zut, cette fois on va prendre le bus, ajoute-t-elle oubliant brusquement ses allures de gros dur. Il n’y en a pas beaucoup en ce moment, mais ça vaut le coup d’attendre un peu. » Et Globine emmène Poïétine vers un arrêt de globules rouges. « Faut pas en vouloir à Insuline, dit Globine. Tu sais, en ce moment tout le monde est un peu sur les nerfs. »

Poïétine bricole avec quelque chose de gluant qu’elle vient de trouver sur sa jambe. Elle le roule en une toute petite boule et l’envoie d’une chiquenaude sur Globine. Globine lui file une tape amicale. Les deux protéines s’assoient en attendant le prochain globule. Au bout de quelques longues minutes, un globule s’arrête près des deux protéines qui grimpent et s’installent dans le creux de son dos.
« Tiens-toi bien Poïétine ! Prochain arrêt : le cœur ! »


Plus les deux copines s’approchent du cœur, plus les battements deviennent assourdissants. « Attention Poïétine, on arrive ! » crie Globine. Ah ça oui, Poïétine sent bien qu’elles arrivent. Elle a l’impression d’être à l’intérieur d’une cloche ! Elle tremble de partout. Les battements du cœur sont maintenant presque insupportables.

« Dis, tu n’aurais pas des boules quiès ? hurle Poïétine à Globine. On s’entend même plus penser ici. On se croir… » Mais le spectacle grandiose qui apparaît soudain devant elle l’interrompt, la laissant bouche bée. « C’est magnifique… s’émerveille Poïétine dans un murmure bien sûr totalement inaudible pour sa voisine. On dirait une cathédrale. » Elle en a même oublié le vacarme infernal qui règne à cet endroit. Elles descendent du globule rouge. Au-dessus d’elles s’élève en effet une sorte d’immense dôme agité de battements réguliers. De longs piliers s’élancent un peu partout et des cordages, qui se rassemblent vers le sommet du dôme, donnent à l’endroit un caractère majestueux, grandiose.

« Qui est là ?! » hurlent deux voix à l’unisson – une voix haute et une voix basse, ce qui forme un duo plutôt étrange. Poïétine et Globine aperçoivent deux protéines qui glissent le long d’une colonne pour les rejoindre. Une longue et une courte. L’une d’elles – la plus élancée des deux – atterrit sur le pied de Globine qui hurle de douleur.
« Aïe ! Mais tu peux pas faire un peu attention Myosine ?! C’est pas croyable ça ! rouspète-t-elle.
— Tu les connais ? demande Poïétine étonnée.
— Bien sûr, répond Globine qui s’est assise et masse son pied. Elle, continue Globine en montrant du doigt la protéine élancée, c’est Myosine. Et Actine est sa cousine. »
Poïétine se tait un moment, visiblement sous le charme de la jolie petite protéine toute ronde.
« On ne se quitte jamais ! s’exclament Actine et Myosine en chœur.
— Jamais ? » répète Poiétine.

Actine et Myosine hochent vigoureusement la tête.
« Elles travaillent ensemble, explique Globine. Actine et Myosine vivent toutes les deux dans le coeur de Lili. Elles appartiennent au muscle qui le fait battre, et qui propulse le sang dans les artères.
— Oh… dit Poïétine apparemment déçue.
— Ça va pas ? T’as l’air triste tout d’un coup, lui demande Globine.
— … C’est rien… » Poïétine s’assoit et se met à faire des petites boules avec quelque chose de gluant.
« Globine ? s’enquiert Myosine.
— Mmm ? répond Globine distraite, un peu inquiète pour Poïétine.
— T’aurais pas une bulle d’oxygène ?
— Ouaip ! s’exclame Globine.
— Oh chic alors ! Regarde comme le cœur de Lili bat avec peine. » En effet, chaque battement semble un vrai supplice. « Le sang va bientôt faire du surplace si ça continue !
— Oh, tu exagères toujours Myosine. Ce que tu es pessimiste ! lui lance Globine. Tu veux donc nous démoraliser ?
— Non, pas du tout. Mais t’as pas remarqué que les globules rouges arrivent partout avec du retard ? Vous avez dû attendre combien de temps pour un globule rouge hein ? Il était à l’heure ? riposte Myosine.
— Bien sûr… rétorque Globine avec une mauvaise foi évidente en lui tendant une bulle d’oxygène. Pas vrai Poïétine ? Hein dis Poïétine ? répète Globine en se tournant vers sa compagne silencieuse. On n’a pas attendu longtemps, hein dis ? » Poïétine ne sait quoi répondre. Il lui semble qu’elles ont dû attendre des heures avant qu’un globule rouge n’arrive. « En fait, Poïétine et moi avons même pu prendre un globule avant l’heure, n’est-ce pas ? » poursuit Globine en refilant de l’oxygène à Myosine.
Figée d’incrédulité par la mauvaise foi de Globine, Poïétine ne pipe mot et se tourne vers Myosine : « Myosine…
— Ouais ?
— … nous sommes à la recherche d’une moelle osseuse qui produit des globules rouges. Sais-tu où nous pourrions trouver ça ? »
Ni Myosine, ni Actine n’en ont la moindre idée, mais elles leur proposent de prendre l’aorte, puis l’artère carotide qui les mènera jusqu’au cerveau. Là, certainement, on pourra les renseigner. « S’il y en a un qui sait tout, c’est bien le cerveau ! » s’exclament en cœur les deux inséparables.

« Passez par là. » Myosine indique un passage qui ressemble aux battants d’une porte. Mais avant qu’elles n’aient le temps de réagir, une vague de globules rouges plus importante que les autres arrive à toute vitesse. Myosine et Actine ont la présence d’esprit de s’accrocher aux colonnes alors que Globine et Poïétine sont violemment emportées par le flot rugissant. Dans ce vacarme, elles distinguent à peine la voix de Myosine qui hurle « Laissez-vous porter par la vague ! »


Elles réussissent avec peine à s’agripper à un globule rouge, s’assoient dessus tant bien que mal, puis se laissent à nouveau porter par le courant.
« Alors ? lance Globine.
— Alors quoi ? demande Poïétine.
— Ben que penses-tu de ce moyen de transport ? Plutôt confortable non ?
— Je suppose que oui… euh… j’ai un peu le mal de globule…
— Faut juste que tu t’y habitues. » Globine s’étire et se détend. « Confortable aussi… rajoute-t-elle en bâillant. Un petit somme ? Hein ? »
Poïétine, toujours pâle, hoche la tête docilement.
« Attention Globine ! hurle Poïétine.
— Quoi ?! »

Leur globule approche à vive allure d’un embranchement en forme de Y d’où part un petit vaisseau secondaire. BAMMM !!! Et avant que les deux copines n’aient le temps de comprendre ce qui leur arrive, leur embarcation percute de plein fouet l’embranchement. Globine réussit à se cramponner au globule, tandis que Poïétine est éjectée sur la gauche. Happée par un tourbillon, elle disparaît quelques instants avant de réapparaître un peu plus loin dans le petit vaisseau, emportée par le courant. Globine – toujours sur le globule – s’est quant à elle engagée dans le vaisseau principal. Paniquée, elle se met à courir en arrière – sautant de globule en globule – pour retourner là où Poïétine a disparu. Essoufflée, elle arrive au niveau de l’embranchement où règne un fort courant. Au prix d’un effort surprotéine, elle réussit à se hisser de l’autre côté et se laisse emporter à son tour dans le petit vaisseau.

Un bruit – témoignant d’une grande effervescence – se fait entendre au loin. « Oh… pense Globine, … ça ne me dit rien qui vaille. » Elle entend ensuite la voix de Poïétine : « Par ici ! Je suis là ! » Puis elle l’aperçoit dans une lumière aveuglante.

« C’est bien ce que je pensais, il y a des travaux en cours par ici. » dit Globine tout en rejoignant Poïétine. Cette dernière est assise sur quelque chose d’un peu mou et rose. Sous ses pieds s’ouvre une sorte de crevasse et autour d’elle s’élèvent ce qui ressemble à des milliers d’arbres qui se balancent dans une petite brise.
« Regarde comme c’est beau Globine, s’exclame Poïétine émerveillée.
— Ouaip… Y a une brise froide aussi… Mais vaudrait mieux pas traîner ici, rétorque Globine.
— Ah? Pourqu… » Poïétine est interrompue par une voix menaçante qui se fait entendre derrière elles.
« Bougez-vous d’là vous deux ! Ce n’est pas une aire de repos ici ! C’est un chantier. On est en pleins travaux.
— Qui… ? chuchote Poïétine effrayée.
— Tais-toi et cours ! siffle Globine. Y a pas de temps pour des questions ! » Poïétine, figée de peur, reste immobile. Un géant, de trois fois leur taille, fond sur elles à grands pas. « Bouge-toi Poétine ! s’époumone Globine. C’est Collagène ! Et il a très très très mauvais caractère celui-là.
— Mais pourquoi ? demande Poïétine. On le gêne ?

— Ben plutôt… T’as pas encore compris ? Nous sommes au bord d’une plaie ! » Poïétine bondit sur ses pieds. Dégoûtée. « C’est pour ça qu’il y a cette lumière. On est à l’extérieur !!
— Ouah… Cool…
— Ouais cool peut-être… mais c’est dangereux… explique Globine.
— Et ces pylônes là, c’est quoi ? s’informe Poïétine, ignorant toujours les mises en garde de Globine.
— C’est pas des pylônes… c’est des poils. Et ça… » Globine caresse le coussin tout souple sur lequel elles sont assises. « … c’est la peau.
— Oooooh… C’est doux… J’aimerais bien être faite de peau moi aussi, soupire Poïétine.
— C’est doux parce que c’est la peau de Lili. Toutes les peaux ne sont pas douces comme la sienne.
— Oh ?
— Non.
— Qui a une peau moins douce alors ?
— Un éléphant par exemple. Ou même la maman de Lili. Plus tu vieillis, moins ta peau est douce. Et ne mentionnons pas les rides…
— Les rides ?
— Ouais. Les rides. C’est comme des tranchées qui sillonnent la peau. Ne te perds jamais dans une ride Poïétine, tu n’en sortiras jamais.
— Je vois… » Poïétine ne voit rien du tout. « Et Collagène alors ? Qu’est-ce qu’il fait ici ?
— Eh bien c’est grâce à Collagène que la peau de Lili est forte et résistante. Lorsqu’un trou se forme dans sa peau…
— Un trou ? Pourquoi ferait-elle un trou dans sa peau ?
— Elle ne le fait pas exprès ! Mais lorsqu’elle tombe de son vélo et s’écorche le genou par exemple, il se forme une blessure qu’il faut vite réparer.
— Pourquoi ? »
Globine lève les yeux au ciel : « Si la blessure n’est pas réparée, trop de sang en coulera.
— Ah… Alors la peau de Lili est là pour éviter que le sang sorte ?
— Pas seulement… La peau évite de laisser entrer des petites bêtes, comme les bactéries qui adorent infecter le sang. Et des bactéries, il y en a des milliers qui vivent sur la peau !
— Beurck !
— Tant qu’elles restent à l’extérieur ce n’est pas grave, mais si elles pénètrent dans le corps, Lili peut tomber très malade. C’est pour ça qu’il faut fermer le trou aussi rapidement que possible.
— Je vois… » Poïétine lève la tête. « Je vois aussi Collagène… » Le géant est arrivé à leur hauteur.
« Allez oust, du balai vous deux ! A moins que vous ne vouliez vous retrouver figées sur place ! tonne Collagène d’une voix bourrue.
— Oh non ! Par la grâce d’une protéine ! Non ! » hurle Globine brusquement horrifiée. Elle se lève aussitôt et tire précipitamment Poïétine par le bras. « Allons-nous en vite Poïétine ou alors nous serons prises dans une croûte !
— Je sais que ce n’est peut-être pas le bon moment de demander… chuchote Poïétine.
— Demander quoi !!! s’impatiente d’un ton brusque Globine.
— Demander à Collagène le chemin qui nous amènerait au cerveau de Lili… »
Globine se tourne vers Collagène : « Aide-nous Collagène ! S’il te plaît ! » Collagène soulève les deux protéines et les propulse puissamment dans un autre vaisseau sanguin.

« Ouf ! On a eu chaud ! Il s’en est fallu de peu pour que nous nous soyons retrouvées prisonnières ! souffle Globine en s’essuyant le front.
— Comment ça ? Je ne comprends pas, demande Poïétine.
— Y a-t-il seulement quelque chose que tu comprennes Poïétine ? gémit Globine. Est-ce qu’on t’a appris quelque chose dans ta vie?
— Oui. Mais pas ce qu’on t’a appris. C’est tout, rétorque Poïétine vexée.
— C’est vrai ce que tu viens de dire… dit pensivement Globine. Et bien vois-tu, lorsqu’il y a une blessure dans la peau, non seulement faut-il que la peau guérisse mais il faut aussi que le sang coagule rapidement sinon Lili en perdrait beaucoup trop.
— Et ça veut dire quoi cogule ?
— Pas ‘cogule’ bécasse… ‘coagule’… C’est quand le sang devient dur et forme une sorte de bouchon. De cette manière, le sang ne peut plus sortir par la blessure.
— Et comment est-ce que le sang… ca… gole… ?
— La coagulation, c’est comme un immense filet qui se forme dans le sang, et qui attrape tous les globules rouges.
— Et il sort d’où ce filet ?
— Oh, c’est Fibrine qui tisse les filets. Et si nous étions restées là-bas, nous aussi nous aurions été prises dans les mailles.
— Et nous n’aurions jamais réussi à nous en échapper !
— Non. Jamais. » Globine, devenue soudainement silencieuse, laisse passer quelques instants. « Ça donne la chair de poule, non ?
— Poulpe ? répète Poïétine.
— Oh, t’occupes, poursuit Globine irritée.
— Dis-donc, quelle aventure… Tu crois qu’on y arrivera Globine ? s’inquiète Poïétine qui commence à perdre confiance.
— Je sais pas, répond Globine un peu défaite. Nous n’avons même pas eu le temps de demander à Collagène le chemin de la moelle osseuse.
— Alors nous allons où maintenant ? murmure Poïétine.
— Si nous continuons dans cette direction, dit Globine, … nous devrions bientôt arriver dans le cerveau de Lili. Là-bas, on devrait pouvoir nous renseigner. C’est tout de même le meilleur centre d’information. »
Poïétine acquiesce et les deux protéines reprennent leur chemin en direction du cerveau, pensives et silencieuses.


Quelques instants plus tard, elles entendent un coup de sifflet strident. Elles se retournent mais n’ont pas le temps de s’écarter et sont bousculées par un escadron de protéines visiblement à la poursuite d’un individu qui ressemble un peu à un oursin.

« C’était quoi ça !? hurle Poïétine plaquée contre la paroi du vaisseau sanguin, encore sous le choc.
— Des Immunoglobulines. » lui répond Globine sur le ton de quelqu’un qui en a déjà vu d’autres. Elle plaque sa main contre la bouche de Poïétine. « Et n’essaie même pas de le prononcer ce mot-là… » Poiétine secoue la tête. « Elles pourchassent la petite boule avec les pics, poursuit Globine.
— Pourquoi ?
— Parce qu’elles sont chargées de défendre le corps contre les virus et les bactéries.
— Ces bêtes qui entrent dans le corps de Lili lorsqu’elle est blessée ?
— Oui… Mais il y en a qui entrent par d’autres moyens. Le nez par exemple. Cette petite boule punk qui vient de passer est le virus de la grippe. Rien de bien grave… Mais il vaut mieux qu’elles le rattrapent, il ne manquerait plus que Lili tombe malade.
— C’est fou, je ne savais pas qu’il y avait autant de protéines différentes ! remarque Poïétine.
— Oh, mais tu n’as encore rien vu. Il y en a des milliers et des milliers et des milliers !
— Des milliers ?
— Ouaip… Des milliers… Chez Lili, sa mère, toutes les personnes qu’elle connaît…
— Tout le monde alors ? Est-ce que tout le monde a des milliers de protéines ?
— Oui. Mais il y en a aussi dans les animaux, dans les plantes, rajoute Globine. Et elles ne se ressemblent pas. Elles ont des tailles et des formes différentes et elles font un tas de trucs différents aussi. Nous formons une très très grande famille, tu sais…, ponctue fièrement Globine.
— Quoi ? On est tous cousins alors ? crie Poïétine, terrifiée.
— Euh… Pas vraiment cousins… Mais nous sommes toutes faites à partir de la même chose.
— Chose ?
— Oui. Chose.
— Quel genre de chose ? s’obstine Poïétine qui veut une meilleure explication.
— Tu veux vraiment savoir ?
— Oui. Il est dans mon bon droit de savoir, non ?
— Moi, j’ai de la peine à croire que tu es arrivée jusqu’ici avec le peu que tu sais…
— Tu ne m’as toujours pas dit de quoi nous sommes faites, reprend Poïétine ignorant la remarque désobligeante de Globine.
— Tu ne veux pas le savoir. Crois-moi Poïétine.
— Si. J’attends…
— OK. D’acides aminés.
— Quoi ?
— Je te l’ai dit.
— Tu m’as dit quoi ?
— Que tu ne voulais pas le savoir.
— Que je ne voulais pas savoir quoi ?
— Arrête ton cirque ! C’est fou ce que tu es têtue ! trépigne Globine irritée.
— OK. D’accord. Nous sommes faites d’acides imanés.
— On dit ‘acides aminés’.
— C’est ce que j’ai dit. D’acides aimés. Et je ne vais pas te demander ce que c’est… mais je veux savoir où toutes ces protéines sont fabriquées…
— Dans les cellules de Lili.
— C’est quoi une cellule ? »

Démoralisée, Globine empoigne Poïétine par le bras : « Eh bien, t’as pas été très bien formée pour ta mission, hein ? Tu parles d’un agent. C’est pas vraiment 007 !! Viens Poïétine, remontons sur un globule, ensuite je t’explique. » Une fois installées, Globine continue. « OK. Alors tu vois, tous les organes de Lili – comme son cœur, ses reins, son foie etc. – sont faits de cellules. Les cellules sont un peu au corps ce que les briques sont à une maison. Même le sang contient des cellules. Tu vois ce globule rouge sur lequel on est assises, eh bien c’est aussi une cellule. » Poïétine écoute attentivement. « Dans chaque cellule, il y a des machines qui permettent de fabriquer des protéines.
— Mais comment est-ce que les machines savent quelles protéines elles doivent fabriquer ? interrompt Poïétine.
— J’y arrive, dit Globine essayant de garder son calme. Chaque machine suit des recettes qui sont écrites dans une sorte de grand livre qu’on appelle l’ADN.
— ADN ?
— Oui… l’ADN… T’as déjà entendu parler de l’ADN… » Poïétine secoue la tête. « Bon. On va prendre un exemple concret. Toi, t’es une protéine. Oui ? » Poïétine hoche la tête. « Et tu es fabriquée dans les reins de Lili. Jusque là, tu me suis ? » Poïétine hoche à nouveau la tête. « Le problème est que chez Lili, ses reins sont abîmés et ne te produisent plus assez. C’est pour ça qu’elle t’a avalée. » Poïétine semble contrariée. « Tu étais dans le médicament que Lili a avalé. Tu te souviens ?
— Ah oui ! Elle devait me prendre en tant que médicament puisqu’elle n’arrive pas à me fabriquer pour le moment !
— Oui !
— Maintenant je comprends… Je savais que je devais atteindre la moelle osseuse. Je savais que je devais aider Lili à fabriquer des globules rouges. Mais je ne savais pas exactement comment m’y prendre…
— Ben, elle n’en a pas assez en ce moment…
— Pourquoi penses-tu qu’ils m’aient envoyée ? interrompt Poïétine.
— Le seul hic, c’est que les globules rouges ne vivent pas très longtemps. Il faut alors les remplacer.
— Ah… voilà pourquoi… » Poïétine commence à comprendre non seulement la véritable raison de sa mission mais aussi le sens de son existence.
« Oui. Ta mission est de trouver…
— … les cellules souches dans la moelle osseuse de Lili… interrompt Poïétine, … qui se multiplient pour devenir des globules rouges du sang.
— Précisément. Pfuii… J’pensais que tu ne comprendrais jamais… Chez Lili, ces cellules souches sont un peu comme endormies. Et ton rôle à toi Poïétine, c’est de les réveiller.
— Oui, oui, bien sûr… » s’exclame Poïétine d’un air entendu.


« Qu’est-ce que c’est tranquille par ici, remarque Poïétine. Où sommes-nous ?
— Nous arrivons à proximité de l’hypothalamus… chuchote Globine.
— L’hippo quoi ?
— L’hypothalamus. C’est une partie du cerveau de Lili.
— Pourquoi c’est tellement silencieux ici ?
— Elle doit être en train de dormir. L’hypothalamus est une partie très importante du cerveau.
— Pas étonnant avec un nom comme ça…
— C’est la partie du cerveau qui lui dit quand elle est fatiguée, ou quand elle a faim. Il peut même lui dire quand elle est heureuse ou triste.
— Eh ben, pour un truc si important ça paie pas de mine, remarque Poïétine. On dirait un chou-fleur !
— Tiens ! Voilà justement Orexine ! C’est une des protéines qui s’occupent du sommeil et de l’appétit de Lili. Oooho, Orexine ! » Globine fait de grands signes pour attirer son attention.

Une minuscule protéine coiffée d’un bonnet de nuit se relève en bâillant : « Ouais ? C’est à quel sujet ? répond-elle, à moitié endormie.
— C’est moi Globine. T’as pas autre chose à faire que de dormir ? Ça fait mauvaise impression devant les visiteurs.
— Les visiteurs, quels visiteurs ? Et puis d’abord, c’est pas ma faute. J’attends des renforts. Il se passe plus grand-chose par ici. En attendant, j’ai pensé faire un petit soooooooooooooooomme… » bâille-t-elle. Son bonnet de nuit glisse devant ses yeux et elle éternue bruyamment.
« Santé ! offre Poïétine sur un ton enjoué.
— Mmm… » Orexine ignore Poïétine qui pousse Globine pour attirer son attention. Globine se tourne pour la gronder lorsqu’ Orexine demande : « Est-ce que quelqu’un sait pourquoi Lili tourne au ralenti ?
— Elle est anémique… répond Globine le dos tourné vers Orexine et en lançant un regard noir à Poïétine.
— Ça veut dire que son corps est fatigué ! C’est pour ça qu’elle dort tellement ! » intervient Poïétine par-dessus les épaules de Globine.
Globine se tourne à nouveau vers Orexine : « Ceci, annonce-t-elle, est Poïétine… » Puis elle fait un pas de côté pour révéler Poïétine. Orexine jette un regard nonchalant par-dessus l’épaule de Globine « … et elle cherche la moelle osseuse qui produit les globules rouges. »
Poïétine hoche la tête vigoureusement : « Oui. Et vous qui vous vantez de toujours tout savoir dans le cerveau, vous n’auriez pas une idée de l’endroit où on pourrait trouver ça ? »
Globine pince Poïétine : « Ce qu’elle voulait vraiment dire est qu’elle pensait que tu pourrais nous aider à trouver la moelle osseuse puisque tu sais beaucoup de choses sur beaucoup de choses…
— Pfff, bien sûr que je le sais, répond Orexine d’un ton hautain. Pour qui me prends-tu ? » Puis elle laisse échapper un large bâillement, ajuste son bonnet et regarde les deux protéines droit dans les yeux avec un air malicieux. « Mais je vous le dirai seulement si vous me laissez vous montrer quelque chose.
— Oooooooooooooooooh noooooooooooooooooooon ! Nous n’avons pas le temps, vraiment, répondent de concert Globine et Poïétine. Il faut nous le dire tout de suite.
— Non, répond catégoriquement Orexine en croisant les bras et en secouant énergiquement la tête les sachant à sa merci. C’est à prendre ou à laisser. » Et elle se réinstalle à l’horizontal, en tirant son bonnet de nuit plus bas.
Globine et Poïétine sont furieuses.
« Non, mais j’en reviens pas ! tempête Poïétine. C’est quoi cette protéine ? Je vais lui flanquer une baffe moi si elle continue ! »
Globine, aussi hors d’elle, fait les cent pas en se tenant la tête et en murmurant : « C’est pas possible, elle m’aura tout fait. Quelle honte ! Ça doit être sa fonction qui lui monte à la tête. Elle a besoin de contrôler tout le monde … Bon d’accord, tu as gagné ! finit-elle par lancer à l’attention d’Orexine. Montre-nous ce que tu veux et ensuite promets-nous de nous diriger dans la bonne direction. »
Satisfaite, Orexine saute sur ses pieds et son visage s’illumine d’un large sourire. « Vous verrez, vous ne le regretterez pas ! C’est magique ce que je vais vous montrer là ! leur dit-elle tout excitée. Et c’est pas très loin. »


Les trois protéines s’engagent dans les méandres du cerveau. « Faites attention à ne pas vous faire électrocuter, il y a de l’électricité qui passe par ici. » Orexine les amène à l’entrée d’un tunnel étroit au bout duquel on aperçoit une lumière. « Voici le nerf optique, en le suivant nous pourrons atteindre l’œil. Allons-y, je vais vous montrer quelque chose d’étonnant. »

Une fois dans l’œil, Globine et Poïetine ont le souffle coupé. « Ouahou ! C’est géant cet endroit ! » Elles se trouvent dans une cavité énorme, toute ronde. « Venez voir par là ! » crie Orexine, excitée. « Je voudrais vous présenter quelqu’un ! » Orexine les amène tout près d’une sorte d’écran rond qui change constamment de taille. Devenant tantôt grand, tantôt petit. On se croirait dans une étrange salle de cinéma.

« Coooooool…. » Poïétine n’en revient pas. « On peut voir un film ?
— Je vous souhaite la bienvenue, dit une voix douce et aérienne qui semble sortir de l’écran.
— Mais qui parle ? s’enquiert Poïétine tout étonnée.
— Cristalline.
— Cristaqui ?
— Cristalline… »
Globine et Poïétine se regardent éberluées, n’y comprenant rien. Elles s’avancent vers l’écran pour voir s’il y a quelque chose derrière.
« C’est peut-être un fantôme, dit Globine peu rassurée.
— Arrête Globine, tu me fiches la trouille ! répond Poïétine qui commence à trembler comme une feuille.
— Mais non, je ne suis pas un fantôme. Je suis transparente. C’est tout.
— Transparente ? C’est tout ? chuchote Poïétine à Globine. Au secours ! Je m’en vais ! » Orexine les regarde, amusée.
« C’est moi qui forme l’écran qui est devant vous, poursuit la voix.
— Comment peut-elle être l’écran ? interroge Poïétine en se tournant vers Globine.
— Tais-toi et écoute-la, veux-tu Poïétine ? dit Globine.
— Ce n’est pas un écran de cinéma que vous voyez mais ce qu’on appelle le cristallin. C’est une partie de l’œil de Lili. C’est une sorte de vitre.
— D’habitude on peut voir à travers une vitre… grommelle Poïétine.
— Ce que vous voyez derrière, c’est le monde extérieur, c’est ce que regarde Lili en ce moment.
Globine et Poïétine s’avancent encore pour mieux voir : « Ouaah !
— Et selon la courbure que prend le cristallin, Lili peut voir net tout près ou bien très loin.
— Comme la lentille d’un appareil photo, remarque Poïétine.
— Et comment tu sais ça, toi ?
— Je l’ai lu.
— Où ?
— Dans un livre.
— Tu sais lire ?
— Vous ne vous arrêtez donc jamais vous deux ? demande Cristalline.
— C’est vraiment incroyable ! s’émerveille Poïétine ignorant Cristalline. Regardez ! On est dans la chambre de Lili ! Et regardez là ! C’est sa commode avec le grand miroir ! Et là ! Sa penderie ! Et la fenêtre ! Avec le lilas blanc tout en fleurs. C’est pas beau ?
— Je vous l’avais bien dit, ajoute Orexine qui n’est pas peu fière.
— Ouf… Je me sens pas très bien à nouveau… lâche Poïétine en s’asseyant par terre.
— C’est normal, observe Cristalline. Il faut s’habituer. »

Alors qu’elles sont toutes les trois en train d’admirer la vue, un énorme monstre poilu, pourvu de grandes oreilles et de grandes dents, surgit brusquement, semblant prêt à bondir sur elles !! « Au secours ! Sauvez-vous ! » crient-elles en cœur. Globine et Orexine reculent de quelques pas et tombent sur Poïétine qui se débat :
« Levez-vous ! hurle Poïétine.
— Ha ! Ha ! Ha ! rit Cristalline. N’ayez pas peur ! C’est Merlin ! Le chat de Lili ! »
Globine, Poïétine et Orexine se relèvent.
« Oh… observe Poïétine. Alors ça se passe de l’autre côté de son œil…
— Oh ! avec tout ça, j’avais presque oublié pourquoi nous sommes ici ! s’exclame Globine à peine remise de ses émotions. C’était vraiment super Orexine ! On reviendra ! C’est promis ! Mais maintenant il faut que tu tiennes ta promesse. Il faut nous dire où trouver la moelle osseuse de Lili. S’il te plaît… Elle est très malade… »
Orexine prend un air espiègle : « Seulement si vous arrivez à résoudre cette énigme. »
Poïétine et Globine se ruent sur Orexine, prêtes à l’égorger.
« Ok, ok, c’était juste pour rire les amies ! les rassure-t-elle en pouffant de rire devant leur mine déconfite. Bon, le genre de moelle que vous cherchez s’appelle la moelle rouge… » Globine et Poïétine écoutent attentivement « … et vous la trouverez dans l’os du bassin.
— Allez ! Vite Glob ! Direction "os du bassin" ! hurle Poïétine.
— Je n’ai pas fini, poursuit Orexine. Je disais que vous en trouverez dans l’os du bassin… ou dans ses côtes…
— Ses côtes ! Ses côtes ! Viens Glob !
— Je n’ai toujours pas fini… » souffle Orexine. Globine et Poïétine essaient de garder leur calme. « Je disais… Dans l’os du bassin de Lili, ou dans ses côtes, ou dans le sternum. »
Personne ne pipe mot.
« Vous attendez quoi ? dit Cristalline.
— Oh ! T’as fini ? » lance Poïétine, un peu surprise.
On entend un soupir incrédule s’échapper du cristallin de Lili : « Si j’étais vous, je me rendrais à l’os du bassin… C’est là que vous trouverez le plus de moelle rouge, avise Orexine.
— Oh non ! gémit Globine. C’est aussi le plus éloigné d’ici.
— Oui, mais si vous suivez la colonne vertébrale, vous y êtes en deux coups de cuillère à pot ! »
A peine a-t-elle prononcé ces mots que Globine agrippe Poïétine par le bras et la traîne en direction de la moelle épinière, tout en saluant Orexine et Cristalline : « A bientôt Orex et Cristal ! Et merci !
— Eh, Globine ! lance Poïétine.
— Quoi maintenant ?
— T’as même pas demandé le chemin !
— T’en fais pas ! J’sais où ça se trouve ! C’est attaché au cerveau de Lili ! lui répond Globine. C’est pas loin ! Il faut juste repasser près de l’hypothalamus.
— L’hypo quoi ? »


Arrivées à l’entrée de la moelle épinière, Globine s’exclame : « Maintenant, on va jouer à Tarzan ! Tu vas voir c’est rigolo. » Poïétine pâlit. « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu vois la moelle épinière de Lili ? » Poïétine hoche la tête. « Regarde. C’est plein de cordes. Tu vois ? » Poïétine hoche la tête une nouvelle fois et observe le précipice devant elle. « Ce que tu vois là, ce sont des fibres nerveuses.

— Ce que je vois moi c’est un trou qui n’en finit pas. On ne va tout de même pas passer par là ? C’est vachement raid…
— Mais on va utiliser les fibres comme des lianes ! Ce sera super ! Tu verras ! On n’aura qu’à se laisser glisser à l’intérieur de la colonne vertébrale jusqu’au bassin de Lili ! Génial, non !?
— J’aime pas la vitesse…
— Eh bien voilà une occasion pour t’y habituer ! Justement ! C’est parti ! » Globine attrape une des fibres et disparaît en hurlant de joie. « Aller un peu de nerf Poïétine ! On doit sauver Lili ! »
Poïétine ferme les yeux, agrippe une des fibres et se laisse glisser. A la moitié du chemin, elle commence à apprécier l’expérience, ouvre les yeux et pousse un long cri de Tarzan.
« Attention ! lance Globine depuis en bas. Freine !
— Comment ? » hurle Poïétine.
Mais c’est déjà trop tard. Poïétine tombe sur Globine et les deux complices se roulent par terre, hilares. « Allez. Ce n’est plus très loin maintenant. »

Une fois dans le bassin, elles entreprennent de se faufiler dans l’os pour accéder à la moelle osseuse.
« C’est plein de trous par ici, remarque Poïétine. Parfait pour jouer à cache-cache ! Une petite partie Globine hein, qu’est-ce que tu en dis ? » Globine secoue la tête. « Ben quoi ? Juste une partie ? Juste une ? Une… ?
— On est arrivée, Po. » Globine a perdu son sourire. « C’est ici que nos chemins se séparent.
— Comment ça ? demande Poïétine.
— C’est à toi de jouer maintenant. C’est pour ça que Lili t’a avalée. » Il y a de la tristesse dans sa voix.
— Oh… Je vois… Oui… » Poïétine est soudain très émue et dessine quelque chose par terre du bout de son pied. « Tu veux pas venir avec moi Glob ? »
Globine secoue la tête.

« Je crois bien que tu vas me manquer, tu sais, renifle Poïétine en laissant échapper une larme.
— Tu me manqueras aussi Po, tu sais. » Les deux protéines tombent dans les bras l’une de l’autre.
« Merci Glob, sans toi je n’y serais jamais arrivée. Je ne t’oublierai jamais.
— Oh mais on a bien rigolé. D’ailleurs j’ai quelques bleus qui peuvent en témoigner ! » lui répond Globine en riant.

Sur ce, Poïétine fait un petit signe de la main à Globine, puis entre dans la moelle en criant d’une grosse voix aux cellules souches :
« Oh hé, debout là d’dans ! Finies les vacances, les grasses matinées, va falloir vous mettre au boulot les filles, et sérieusement!!»


« Ouhaaaaaa », Lili ouvre les yeux et bâille en s’étirant de tout son long. Pour la première fois depuis quelques jours, elle se sent de bonne humeur. Elle regarde par la fenêtre. C’est le printemps. La lumière est plus douce et les fleurs commencent à s’ouvrir un peu partout dans le jardin. Merlin se prélasse sur le gazon. Les oiseaux chantent. De nouvelles feuilles tanguent dans la brise du matin et un bourdon passe son chemin. Quelqu’un a laissé le portail ouvert, et… et… Que voit-elle courir sur la balustrade du balcon ? Lili se frotte les yeux. Elle croit apercevoir Globine et Poïétine. Elle sort du lit pour mieux voir. Puis elle sourit.

FIN

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