Instantané N° 3 septembre 2004

PPARδ

Qui se souvient du « Road Runner » ? Apparaissant progressivement sur notre petit écran en criant son légendaire « beep ! beep ! », cet agaçant volatile s’éloignait ensuite dans la direction opposée, avant de disparaître dans un nuage de poussière. Le Road Runner était maigre, rapide et ne semblait jamais fatigué, ce qui était tout bonnement écœurant pour ce pauvre Wile E. Coyote. Mais qu’est-ce qui pouvait bien le faire courir ainsi ? L’EPO ? Le coyote ? PPARδ ?

PPARδ ? En anglais, « Peroxisome proliferator-activated receptor delta ». Vous voilà bien avancés ! En clair, il s’agit d’un facteur de transcription (1) qui a un rôle dans la formation des muscles squelettiques. Mais pas n’importe quelle partie des muscles squelettiques. En effet, ces derniers sont composés de deux types de fibres : une fibre plutôt « paresseuse », qui par son fonctionnement lent est résistante à la fatigue et une fibre plutôt « vigousse » qui, en conséquence, se fatigue plus vite. Or, c’est PPARδ qui dirige la formation de la fibre « lente », qui est aussi beaucoup plus riche en myoglobine et en mitochondries. La myoglobine est une protéine qui assure le transport de l’oxygène que nous respirons dans les muscles. Quant aux mitochondries, ce sont des sortes de « mini-centrales nucléaires » cellulaires qui permettent à nos cellules de produire l’énergie dont nous avons besoin. C’est donc un meilleur apport en oxygène, ainsi qu’une plus grande production d’énergie qui est à l’origine de la résistance à la fatigue de cette fibre dite « lente ».

Aurait-on percé le secret du Road Runner ? Peut-être, car des chercheurs ont récemment créé une souris génétiquement modifiée chez qui la quantité de PPARδ a été largement augmentée. Et qu’ont-ils observé ? Une souris qui peut courir deux fois plus vite que ses petites camarades, mais surtout qui ne montre aucun signe d’épuisement. Non seulement cette championne du marathon à quatre pattes a acquis rapidité et endurance, mais aussi une propension à rester mince. Pas étonnant, pensez-vous, avec tout ce jogging ! Et bien non, il s’agit d’autre chose puisque même en soumettant ce super rongeur à un régime riche en graisses sans aucun exercice physique, sa balance ne bouge pas…

PPARδ serait-il le traitement de rêve contre l’obésité ? Ou permettrait-il d’améliorer les performances des athlètes ? Il est encore bien trop tôt pour se prononcer. Mais une chose est sûre, le Road Runner n’était certainement pas transgénique, car à l’époque de ce cartoon, cette technique était encore de la science-fiction…

(1) En réponse à différents signaux, les facteurs de transcription décident quand un gène donné est exprimé, c'est-à-dire à quel moment l'information que contient ce gène sera utilisée pour fabriquer des protéines.

  • PPAR-delta, Mus musculus (souris): P35396

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