Instantané N° 16 novembre 2005

Adénosine déaminase

Il y a ceux qui dorment bien. Et ceux qui dorment moins bien. Hormis les désordres causés par la traversée d’une mauvaise période ou l’abus de café, la qualité du sommeil peut-elle être d’origine génétique? Oui, suggèrent Hans-Peter Landolt et son équipe de chercheurs de l’Université de Zürich.

Depuis maintenant des décennies, on soupçonne que l’adénosine, un neuromodulateur, a son mot à dire sur notre sommeil. Certainement sans surprise, on découvre quelques temps plus tard que la caféine, dont le pouvoir excitant est connu de tous, peut prendre la place de l’adénosine sur son récepteur. Cette découverte confirme un effet certain de l’adénosine sur notre sommeil mais ne nous éclaire pas pour autant sur le comment.

L’adénosine, un produit de la dégradation de molécules énergétiques comme l’ATP, s’accumule dans notre cerveau tout au long de la journée. Durant la nuit, elle est à son tour dégradée par une enzyme, l’adénosine déaminase ou ADA. Cette dernière existe sous plusieurs formes dont la plupart cause de sérieuses déficiences immunitaires. Dans environ 10% de la population est présente une forme particulière de l’ADA, qui semble avoir une incidence directe sur la qualité et la durée de ce sommeil profond que nous aimons tant. C’est cette phase à durée variable dans laquelle nous glissons la première moitié de la nuit et qui s’ouvre vers les rêves…

Il se trouve que cette ADA particulière décompose l’adénosine plus lentement que sa forme la plus fréquente. Par conséquent, l’adénosine erre un plus longtemps dans le cerveau des gros dormeurs. Mis à part ce constat, on ne connaît pas son action sur le plan moléculaire. Quoiqu’il en soit, l’ADA se localise non seulement dans le milieu cellulaire où elle dégrade l’adénosine, mais aussi sur la membrane de la cellule où elle se lie à des récepteurs d’adénosine…sur lesquels la caféine peut agir… une observation pour le moins intéressante.

Mais le sommeil est un état bien étrange. Comme notre humeur, il est sujet à des changements qui dépendent de bien de facteurs – environnementaux, émotionnels, physiologiques, pour ne citer qu’eux. Rejeter la responsabilité de la qualité de notre sommeil, qu’il soit profond ou non, sur l’ADA serait faire preuve d’étroitesse d’esprit. Toutefois, ceci pourrait ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques dans la bataille contre des troubles du sommeil qu’est l’insomnie par exemple. Bien que l’on ne sache toujours pas si la qualité et la durée de notre sommeil profond soit un bienfait ou pas…

  • Adenosine deaminase, Homo sapiens (humain): P00813

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