Instantané N° 17 décembre 2005

Neuraminidase

Qui n’a jamais savouré l’exotisme d’un canard laqué ou bien siroté un pastis sous le soleil marseillais ? Mêler ces deux saveurs serait certes de mauvais goût et pourtant elles partagent un parfum commun. Une épice plus exactement, la badiane plus connue sous le nom d’anis étoilé. Aujourd’hui si l’on s’intéresse à l’anis étoilé, ce n’est pas pour son charme épicé mais pour sa vertu antivirale… En ces temps où l’on redoute une épidémie de grippe aviaire véhiculée par la souche H5N1, la badiane a incontestablement un arrière-goût de Tamiflu.

Comment justement s’y prend le virus de la grippe pour envahir nos poumons ? Il dispose de deux sortes de protéines qui tapissent sa surface et dont le rôle est essentiel dans le mécanisme d’infection : l’hémagglutinine et la neuraminidase. L’hémagglutinine s’accroche à la surface de la cellule à infecter et initie ainsi l’entrée du virus. Après copie en plusieurs exemplaires, les multiples particules virales sont évacuées de la cellule. Mais pour pouvoir investir de nouvelles cellules, le virus doit contourner un danger de taille : celui d’être retenu par des récepteurs à la surface de la cellule infectée. C’est ici qu’entre en scène la neuraminidase. Son rôle est de dégrader ces récepteurs, qui sont de petites molécules nommées acide sialique et exposées normalement à la surface des cellules. Sans acide sialique sur la cellule infectée, le virus est dès lors libre pour faire de nouvelles victimes.

Comment freiner alors l’invasion ? L’anis étoilé de Chine renferme une précieuse molécule, l’acide shikimique, à partir de laquelle on peut fabriquer le fameux médicament Tamiflu. Le Tamiflu a été "construit" de manière à tromper le virus de la grippe. C’est là tout son génie. Il a été élaboré de sorte à mimer l’acide sialique pour détourner l’attention de la neuraminidase. Celle-ci alors trop occupée à capturer le Tamiflu en oublie de casser l’acide sialique, c’est-à-dire la molécule qui retient le virus sur la cellule infectée. Le tour est joué. Le virus est piégé sur la cellule infectée et le système de défense de l’organisme peut dès lors aisément se débarrasser de la cellule malade ainsi que de ses hôtes envahissants.

Le Tamiflu, comme la plupart des antiviraux, présente un certain avantage par rapport aux vaccins. Pour échapper à la vigilance du système de défense, le virus change en permanence d’apparence en modifiant l’hémagglutinine et la neuraminidase. Le Tamiflu serait à priori moins exposé à ces transformations car il cible une région de la neuraminidase peu modifiable car indispensable à l’infection. Cependant un cas de résistance, événement tant redouté, chez une jeune fille vietnamienne infectée par le virus H5N1 a déjà été observé. Autre ombre au tableau : l’efficacité du Tamiflu est somme toute relativement modeste. Si pandémie il y a un jour, des stratégies parallèles devraient sans doute émerger comme la production d’autres antiviraux et le développement de vaccins.

Lire aussi le dossier : "Grippe aviaire : le nouveau péril jaune ?"

  • Hemagglutinin [Precursor], Influenza A virus (souche H5N1): O56140
  • Neuraminidase, Influenza A virus (souche H5N1): Q9W7Y7

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