Instantané N° 25 août 2006

Inceptine

Lorsqu’un être vivant lance un défi à un autre, un subtil dialogue moléculaire se déclenche pour mettre en place des mécanismes de défense. Il est question de reconnaître le "soi" du "non-soi". Si un virus n’est pas reconnu en tant qu’ennemi, un organisme ne fera rien pour s’en débarrasser et l’infection s’épanouira. De même, si un chien qui vous montre ses dents en grognant ne stimule pas votre rythme cardiaque ni vos jambes, vous êtes probablement en danger.

Les plantes ne peuvent s’enfuir mais ont leurs stratégies. La libération de parfums en est une. La réponse directe à des dégâts causés par un herbivore en est une autre. Mais ce sont là des réactions "classiques" du "soi" envers le "non-soi". Récemment, une tactique bien plus rusée a pu être dévoilée. En effet, des chercheurs ont découvert que certaines plantes ont trouvé le moyen de faire parvenir de petits fragments de protéines dans les sécrétions orales d’insectes herbivores. Lorsque de telles sécrétions souillent la même espèce de plante, les fragments déclenchent des mécanismes de défense et la croissance de la larve est interrompue. On est ici devant le cas où un bout du "soi" induit un mécanisme de défense en soi – ce qui est en général rarement bénéfique pour un organisme.

Comment une plante s’y prend-elle? Ce type de défense n’a été observé actuellement que chez le maïs ou le dolique, une plante voisine du haricot. Le petit fragment de protéine en question, appelé inceptine fait partie d’une grosse protéine, l’ATP synthase, qui produit l’énergie de l’organisme à partir de l’énergie lumineuse du soleil. Lorsque des larves d’insectes se nourrissent de plantes, elles ingèrent – entre autres – ces mêmes ATP synthases. Ces dernières sont digérées par les protéases de l’insecte et se retrouvent par la suite dans ses sécrétions orales sous forme de fragments. L’inceptine est ainsi secrétée lorsque les larves se nourrissent d’une autre plante, et active alors la production de phytohormones – tels que l’éthylène, l’acide salicylique ou jasmonique – qui par des chemins complexes finiront par agresser les herbivores.

La Nature nous surprendra toujours. La distinction entre le soi et le non-soi semblait un dogme inébranlable et une manière rationnelle d’expliquer les mécanismes de défense. Le dogme demeure toujours vrai : sans la digestion des larves, l’agent du "non-soi" qu’est l’inceptine n’existerait pas.

  • ATP synthase subunit gamma, chloroplast precursor, Zea mays (maïs): P0C1M0
  • ATP synthase subunit gamma, chloroplast precursor, Vigna unguiculata (dolique): Q2LGZ2

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<http://www.expasy.org/prolune/instantanes/025/>

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