Instantané N° 38 septembre 2007

Dardarine

L’inspiration ne manque pas aux chercheurs quand il s’agit de nommer une protéine nouvellement découverte. Aux noms rebondis et poétiques de titine et cupidine répond plus sérieusement l’aquaporine dont on peut, avec un brin d’imagination, soupçonner sa fonction – un pore qui laisse passer l’eau. D’autres dénominations évoquent au contraire un trait physique ou le symptôme d’une maladie dont la protéine est en partie responsable. La dardarine est l’une d’entre elles et doit son nom au terme basque "dardara" qui signifie tremblement, l’un des principaux symptômes de la maladie de Parkinson.

La maladie de Parkinson est un désordre neurologique aux causes multiples. Elle se caractérise par une perte de certaines cellules nerveuses et se traduit par une rigidité musculaire, un ralentissement des mouvements et des tremblements. La maladie se révèle en général après l’âge de 50 ans mais, dans de rares cas héréditaires, elle se déclare plus tôt et progresse rapidement. La protéine dardarine est associée à la forme héréditaire PARK8, une forme de la maladie toute particulière puisqu’elle se manifeste au-delà des 50 ans, évolue lentement et frappe les membres d’une famille à chaque génération.

C’est justement en étudiant plusieurs familles basques que les chercheurs ont mis la main sur la protéine "dardara". En comparant par la suite de nombreuses familles dans le monde, ils ont pu répertorier une vingtaine de mutations dans le gène de la dardarine, chacune liée à la forme PARK8 de la maladie. Une vingtaine, c’est étonnamment beaucoup quand on sait que sont dénombrées généralement seulement quelques rares mutations dans une protéine associée à une maladie héréditaire.

Quelle est donc la fonction de la dardarine contre laquelle le sort semble s’acharner ? Aussi appelée LRRK2, la protéine est une kinase, c’est-à-dire qu’elle ajoute des phosphates sur d’autres protéines. Les effets des mutations sur la protéine ne sont pas tous connus. Que son activité soit augmentée ou atténuée, la protéine mutée modifie sans doute l’état de phosphorylation normal d’autres protéines clés de la maladie de Parkinson. Quant au rôle que joue l’activité normale de la dardarine dans les cellules du cerveau, on en ignore encore tout.

PARK8 est une forme très rare, elle représente 5 à 10 % des cas familiaux de parkinsonisme. Et même si la dardarine porte en réalité mal son nom depuis que l’on a observé que les patients PARK8 ne souffraient pas de tremblement, cette protéine offre de nouvelles voies d’études pour la compréhension de la maladie de Parkinson en vue de nouveaux diagnostics et traitements thérapeutiques.

Lire aussi les Instantanés du mois: "La titine", "La cupidine" et "L'aquaporine"

  • LRRK2, Homo sapiens (humain): Q5S007

The English version of this entry is available as a Protein Snapshot.

Veuillez utiliser le lien suivant pour référencer cet article:
<http://www.expasy.org/prolune/instantanes/038/>

Commentaires

Postez un commentaire





Directives

Veuillez éviter les propos hors-sujet et les attaques personnelles. Les rédacteurs de Protéines à  la Une se réservent le droit de modifier ou de supprimer vos commentaires. Notre but n'est pas d'initier des débats enflammés, mais pertinents.

Aucune balise HTML n'est autorisée. Si vous souhaitez ajouter un lien vers un autre site, écrivez son adresse complète sans aucun formatage spécifique, et le lien apparaitra automatiquement.




Ils nous publient